Logiques ésotériques

Publié le 14 Décembre 2013

----Roulement de tambours … Et ce sera du rouge en ce début de mois de décembre ! Les indices bousiers reflètent les inquiétudes des investisseurs, les banquiers centraux se tâtent quant-à leurs armes encore à disposition, des dirigeants stressés à l'idée de voir les dates butoirs approchés à grands pas ou encore des analystes prônant la reprise faciale des états méridionaux en faisant visiblement abstraction de l'évolution du marché du travail ainsi que celui de la dette … Obviously, la liste est loin d'être exhaustive. J'avais maintes fois mentionné dans mes précédents billets que la fausse annonce de B. Bernanke concernant la probable – oui, probable – réduction du Quantitative Easing a mis en lumière l'aspect ésotérique du fonctionnement de la finance de marché. Depuis, l'actualité économique s'estompe discrètement pour laisser place à l'actualité financière. Non ? Les futures politiques monétaires, les dirigeants des principales banques centrales, les analystes financiers prennent une place considérable dans les débats publics  en spéculant sur un tapering dans dix jours, trois mois … ou jamais.

 

----Mario Draghi fut également attendu début décembre, on anticipait un LTRO, des taux de dépôts négatifs ou … un statu quo. Il est bon de remarquer que cette histoire de “tapering” semble inquiéter les marchés, à quand une manifestation de banquiers ? - Ne serait-ce pas le tissu social financier qui est en train de se déchirer ? - Ben Bernanke a certes tiré tardivement la sonnette d'alarme mais il a surtout indirectement montré qu'il existait une dichotomie entre les préoccupations de l'économie réelle et financière … tant que ça n'explose pas, évidemment. En effet, quand les marchés vont bien, il n y a pas de [ bons ] effets en cascade comme l'a écrit J. Stiglitz. Ils préfèrent faire des bulles d'une main tremblante, tant que ces dernières n'éclatent pas, tout va bien, on continue à faire des bulles, de plus en plus grandes, on achète, on vend mais la tendance restant haussière, on achète sous prétexte que le tapering n'est pas encore probable - Pas si ésotérique que ça, finalement. Il n'est pas anodin de rappeler que certaines analyses montrent une corrélation entre la tendance actuelle des marchés … et celle qui précédait la crise de 1929 sachant qu'un éclatement de bulle annule la dichotomie évoquée précédemment. Les marchés ont donc leurs problèmes fondés sur une probabilité accompagnée de spéculations, d'incertitudes elles-mêmes nourries de jours en jours par de – bonnes – statistiques traduisant une reprise de court-terme imminente. Fausses bonnes nouvelles ?

 

----Avons-nous enfin reconnu que notre dépendance à la liquidité était forte et que notre sensibilité à une variation négative du montant du QE était infiniment élevée ? Avons-nous également reconnu qu'une économie sous perfusion était désormais source de prospérité artificielle ? Une bonne économie et une bonne politique ne pourraient-elles pas apaiser à elles seules les marchés ? Ces problématiques et leurs contradictions semblent être mis en lumière. Les craintes liées aux choix du président de la FED de mettre progressivement fin à une politique monétaire expansive avant de laisser son siège à Yellen a fortement impacté sur la région européenne. Les principaux indices boursiers sont toujours en repli - après avoir atteint plusieurs sommets - en attendant patiemment les 17 et 18 décembre. Analysons les marchés. Les trois premières séances du mois de décembre suppriment une hausse de deux mois, les supports cassent facilement – ils résistent un peu comme vous face à la nouvelle Miss France - et la tendance haussière est vite mise aux oubliettes. Il y a une explication à ça, comme toujours me diriez-vous. Comme tout observateur amateur, il est presque impossible de se tromper. Quand on regarde en unité de temps hebdomadaire et mensuel notre joli indice parisien, on remarque que le cours se dirige vers des résistances très fortes. Si Yellen, Draghi et peut-être même Jésus décident d'inventer quelque chose comme de l'argent de façon illimité sur les marchés pour donner de la confiance à nous consommateurs moyen d'acheter des iphones, des écrans plats et des voitures chinoises afin de relancer notre belle économie mondiale, on a peut-être passé un cap. Mais attendez , ils l'ont pas déjà fait ça? Suis-je bête ! Bref, l'année 2014 sera un autre cru. La baisse sur les marchés actions va se jouer sur la fin éventuelle du QE mais surtout sur la paire EURUSD1.

 

----Pendant ce temps, la Grèce voit son taux de chômage approcher les 27.5 %, la dette publique espagnole atteint 93,4% du PIB, l'Union bancaire et la supervisation restent des sujets sensibles, la Troïka se tâte, les suppressions d'emplois s'accélèrent, la faiblesse du crédit dans la zone euro pourrait laisser penser qu'un L.T.R.O serait envisageable - en évitant les trappes, la gouvernance européenne demeure encore embryonnaire. Qu'est-ce qui change ? La planète tremble à l'idée de voir un “tapering” se produire avec une préoccupation réelle quasi-nulle contrairement au monde financier, logique. On pensait pourtant ce dernier psychologiquement préparé pendant l'été. Les marchés doivent-ils – en attendant – faire plus de communication et se lancer dans une guerre des taux pour répondre aux bonnes publications ? Ou inciter à l'acte II du mensonge statistique ?

 

1 Analyse technique : Yanis Kerfa, conseiller banque et assurance.

 Source image : CAC 40 à la clôture du 10/12/13 – Les Echos 

Rédigé par Eco-euro

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