Rachat, concentration : Reconquête sur un oligopole de la téléphonie ?

Publié le 24 Mars 2014

  • Tempêtes …

    Le marché de la téléphonie fixe et mobile est encore loin d'être à son état stationnaire. Les secousses se sont multipliées sur l'oligopole que formait SFR, Orange et Bouygues représentant à eux trois environ 90 % du marché des mobiles dans l'hexagone. Un oligopole éclaté au point d'être entré dans un tunnel de négociations sans fin ; entre guerre des prix, fusion, rachat, future IPO , le consommateur se trouve plus ou moins directement au centre des préoccupations. Dirigerions-nous vers une transition utilitaire ?

 

----Nous ne sommes plus à l'époque où l'équilibre de monopole régnait sous France Télécom. Les tarifs étaient librement fixés par l'entité au détriment d'un consommateur n'ayant pas 36 autres solutions alternatives à sa disposition. Aujourd'hui, les trois opérateurs principaux suivis des MVNO – Mobile Virtual Network Operators – qui partagent le réseau ont détruit le monopole au grand plaisir du consommateur ; les prix et les factures mensuelles ont diminué stimulant le nombre de souscriptions. Bref, un courant d'air de concurrence bien accueilli.

 

  • Guerre des prix

----Doux courants d'airs avant que FREE mobile n'entre sur le marché et qui a réussi à lui seul à déclencher une tempête comme les aime Bertrand. Mathématicien français, Joseph Bertrand a proposé une étude sur la concurrence par les prix qui stipulait que ce type de recours favorisait l'entente car à force de tendre les prix à la baisse - pour augmenter les parts de marché - on s'éloigne lentement mais sûrement d'une situation d'oligopole fortement dépendante de la réaction des concurrents pour arriver à l'équilibre concurrentiel – c'est-à-dire lorsque le coût marginal est égal au prix de vente – le but étant évidemment de ne pas en arriver à ce genre de situation. 

 

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----Pour mieux comprendre le raisonnement, je vous propose un graphique où nous partons d'un équilibre de monopole, sous l'ère France Télécom par exemple – le revenu marginal (Rm) doit être égalisé au coût marginal (Cm) sous contrainte de la fonction de demande pour que le profit de la firme soit maximal – puis au fur et à mesure, de nouveaux entrants s'approprient le marché dont FREE mobile qui va – comme je l'ai écrit précédemment – faire tendre les prix à la baisse tout comme les profits des firmes. Pourquoi ? Se lancer dans une guerre des prix n'est pas forcément créateur d'avantages concurrentiels, la réaction plus ou moins intelligente des concurrents va être déterminante sur la variation du profit. Une bonne chose pour le consommateur certes, mais rien ne fonctionne à sens unique malheureusement, les firmes doivent également tirer leur épingle du jeu. Comment ?

 

  • Reconquête du surplus perdu

----Il est vrai que ce type de concurrence à la Bertrand notamment depuis l'offre phare de FREE – forfait à 2 € par mois – a permis aux consommateurs de bénéficier de tarifs préférentiels et d'avoir à leur disposition un large panel de choix. Le deuxième graphique que je vous propose montre que leur surplus – qui représente la différence entre le prix maximum que le consommateur peut payer et le prix effectif – a pris du terrain tandis que le surplus des « oligopoleurs » – le profit – en a cédé. 

 

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                   →→ surplus des consommateurs                      →→ surplus des firmes ( profit )

----Ces tensions ont incité les principaux acteurs de la téléphonie à mettre en œuvre des mesures pour récupérer le surplus perdu. Tout a débuté le 11 septembre lorsque le groupe Vivendi – qui détient Canal + , a annoncé un projet de scission entre SFR et les autres groupes. Cette intention ayant été par la suite validée, implique pour SFR une IPO – prévue début juillet - afin qu'elle retrouve une autonomie stratégique et une revalorisation, actuellement estimée à 13 milliards d'euros selon certains analystes. Cette scission a réveillé les loups que sont Numéricable et Bouygues.

Il est indispensable de raisonner selon deux points de vues afin de mieux comprendre les enjeux. Premièrement, une fusion avec Numéricable – téléphonie fixe – pourrait avoir des effets limités sur le pouvoir d'achat des consommateurs. Certaines voix se sont levées sur l'incompatibilité financière entre ces deux entités; SFR étant – semblerait-il – trop gros pour Numéricable, la fusion pourrait créer un excès d'endettement qui serait par la suite une menace pour la pérennité de « SFR-Numéricable » mais également pour l'emploi si les coûts deviennent insoutenables. Deuxièmement, Bouygues Telecom cet opérateur qui a fait monter l'enchère quantifiant le rachat de SFR à 13,15 milliards d'euros. Selon une analyse micro-économique, le rachat est une stratégie dominante. Le recul des profits dû à la guerre contre Niel et l'instabilité sur les cours de bourse ont poussé certains opérateurs à saisir cette opportunité de rachat.

Cette concentration éliminerait sans doute de la concurrence et le retour à un « triopole » se ferait au détriment des clients fixe et mobile. Le troisième et dernier graphique illustre ce que provoquerait un retour au triopole - Orange, Free mobile et «SFR-Numéricable»

 

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Résultat : (Re)hausse des prix et récupération du surplus perdu. Principale raison pour laquelle l'Autorité de la Concurrence doit toujours trancher sur la faisabilité d'une telle fusion en veillant avant tout au bien-être du consommateur.

 

  • « Client - toujours- roi » ?

----En attendant la prochaine surenchère, qui fait perdre la notion du temps chez Vivendi, Free reste le meilleur ami du portefeuille des clients. Toutefois, les prix en situation d'oligopole ne devant pas s'approcher d'un prix fortement concurrentiel et la collusion - l'entente - étant interdite , les craintes demeurent. La stratégie de différentiation des biens et services proposés peut, pour l'instant, être une bonne alternative en misant sur un style, une qualité, une offre atypique qui justifieront une petite hausse de prix. Exiger une concurrence parfaite sur le marché de la téléphonie fixe et mobile semble être la solution la plus utilitaire, certes, mais n'oublions pas que cet oligopole contribue avant tout à stimuler les activités indispensables au bon fonctionnement de notre économie.

 

----Les nombreuses préoccupations du gouvernement et la succession de remarques du type «dovish» à destination des consommateurs laissent à penser que ces derniers sont encore et toujours rois. Cependant, les enchères très alléchantes en cours pourraient très vite influencer les décisions et inverser les priorités, car n'oublions pas que la logique du « make more profit and the rest we don't care» garde une éternelle jeunesse. 

Rédigé par Eco-euro

Publié dans #économie, #telephonie sfr bourse bouygues

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Celine delagette 30/09/2014 10:28

C'est toujours la même rengaine... Faites du chiffre, le reste n'est que futilité!