Marchés : Entre instabilités, volatilité et beaux discours

Publié le 25 Décembre 2014

Qu'est-ce que ça fait du bien de se reconnecter sur son blog, et écrire ... son 100 ème billet ! 

 

 
     Êtes-vous d'humeur festive ? Vous avez plusieurs raisons de l'être en cette fin d'année. Examens terminés pour certains d'entre vous, ceux des 123 banques européennes également (bien que les leurs ne furent très difficiles), marchés toujours aussi insouciants et souriants, comme déconnectés des réalités économiques. Aidés et renforcés par des liquidités abondantes qui circulent à sens unique. Pas de raisons apparentes de passer des fêtes de fin d'année dans l'inquiétude. J'avais écrit fin 2013 que l'année allait être dominée par les banques centrales et les chocs exogènes. Entre conflits, épidémies, menaces terroristes (une des conséquences d'un tissu social détérioré), matières premières en chute libre, il est évident qu'en matière de « chocs exogènes », nous avons été très bien servis. Ces chocs, n'ont pas été sans conséquences, parmi elles, la croissance mondiale révisée à la baisse par le FMI (3,3 % en 2014 et 3,8 % en 2015), les grandes volatilités constatées sur le marché des devises et la «low-flation» plus ancrée qu'elle ne l'est aujourd'hui, en zone euro notamment. Volatilité, c'est d'ailleurs le moins que l'on puisse dire pour qualifier l'année 2014. Le baril de WTI a perdu presque la moitié de sa valeur en un an (-45%) s'établissant à 54 dollars tandis que le baril de Brent pour sa part (mer du Nord) est côté à environ 59 dollars, soit 44 % de moins qu'au début de l'année. Le recul de 15,7 % (sur un an) de l'indice CRB Reuters vient confirmer la tendance baissière sur l'ensemble des matières premières, il s'établit désormais à 236 points. Côté devises, milles et unes raisons viennent justifier les fortes fluctuations. On retiendra la devise japonaise, russe et la monnaie unique européenne, qui se sont fortement dépréciées face au dollar américain. 
 
 
     Au Japon, les espoirs reposaient sur les effets positifs des politiques économiques menées par le gouvernement, connues sous le nom d'Abenomics. Le résultat est une contraction du PIB de 1,9 % au troisième trimestre. Et pourtant, même si ce constat ne devrait plus étonner, l'indice Nikkei s'est quant-à-lui envolé de 8 % en un an, touchant un plus bas de 13 885 points et un plus haut de 18 030 points. Le yen a pris le toboggan et perd presque 12 % de sa valeur face au dollar, 6 % face à la livre sterling et seulement 1,4 % face à l'euro. Il reste beaucoup à faire au Japon : une dette publique (bien qu'elle soit détenue par des agents nationaux) à gérer, qui atteint aujourd'hui un niveau presque égal à celle de la Chine, soit 246 % du PIB, un niveau de consommation à remonter, tout comme celui de l'inflation. En ce qui concerne Mr. Poutine, disons que 2014 ne fut pas à son goût. Ni à son avantage. Victime de son succès ? Arroseur arrosé ? Bonnes questions. La Russie, qui multipliait les démonstrations de force auprès des Ukrainiens d'une part et des européens d'autre part suite aux sanctions, se voit désormais fragilisée par les variations négatives du cours du pétrole. Menacée par sa propre devise et par son niveau d'inflation désormais à deux chiffres, la Russie voit son économie dégradée et sa crédibilité sur le fil du rasoir. Le rouble est corrélé positivement aux évolutions des cours pétroliers. Or, le pétrole étant en surproduction, et l'OPEP (Organisation des pays exportateurs de pétrole) ne souhaitant pas modifier leur quantité quotidienne produite (30 millions de barils par jour), les prix tendent naturellement à la baisse. Une bonne chose pour «booster» le pouvoir d'achat des ménages, moins bonne pour la santé russe qui dépend du revenu pétrolier. Mauvaise nouvelle en revanche pour les capitaux qui, en libre circulation, prennent la fuite en claquant porte. Je me dis parfois que la performance économique, c'est un peu comme la performance financière, pour éviter au maximum l'exposition au risque, mieux vaut se diversifier. La Russie, économie peu diversifiée, a très rapidement compris qu'elle a fait – en quelques mois - de sa force, sa principale faiblesse.
 
 
     Toujours d'humeur festive ? Moins ? Allons … Heureusement que papa Draghi est là. La gravité des chocs cités ci-dessus a eu des effets plus ou moins prononcés en zone euro, peut-être encore sous estimés. Tout d'abord, la phrase culte du président de la Banque Centrale Européenne qui garde une éternelle jeunesse, la fameuse "ECB is ready to do whatever it takes to preserve the euro", console beaucoup. Encore plus importante que la célèbre anaphore en « Moi président » prononcée par François Hollande, cette phrase de Mario Draghi signifie que la BCE est prête à faire tout ce qui est en son pouvoir pour préserver l'euro. L'année 2014 a été forte en mouvements en matière de politique monétaire. Entre tournant, scissions, déception et euphorie d'un jour, super Mario a tout essayé pour affirmer sa crédibilité et orienter les anticipations sur le taux de change et l'activité dans la zone euro. Problème, ces déclarations apaisent certes les esprits, occupent les journées des investisseurs, orientent les indices boursiers, les taux obligataires, les taux interbancaires et le taux de change mais les anticipations d'inflation demeurent également orientées, dans le même sens. Ceci est lié principalement aux prophéties auto-réalisatrices, accentuées par la reprise qui peine à se solidifier. Par ailleurs, force est de constater que la politique ultra accommodante de la BCE vient lisser les politiques d'austérité, limitant le rôle des états sur le plan  budgétaire. L'année 2015 va donc être décisive pour la zone euro. La succession de mesures du type « bazooka » et la politique du « faire avec des mots » n'a pas encore eu les résultats escomptés. Le taux d'inflation est actuellement de 0,3 % et il est clair que ce niveau critique n'aide pas la courbe à atteindre son point d'inflexion. Raison pour laquelle le président de la Banque Centrale Européenne s'est engagé à prendre des mesures supplémentaires, nouvelles, plus fortes comme le fameux Q.E. tant attendu qui provoque des scissions au sein même de l'institution. Rassurant. Germany is watching us.
 
 
 
     Un petit détour aux États-Unis. Fin 2013 avait été marqué par le resserrement du robinet à liquidités. On craignait un marché assoiffé, affaibli et focalisé sur une hausse très prochaine des taux. Résultat, le marché action a sur-performé, l'indice Dow Jones a touché - en un an  -un plus bas de 15 340 points et a franchi pour la première fois la barre des 18 000 points. Le Nasdaq a augmenté de 14 % depuis le 1er janvier. Le dollar s'est apprécié de environ 12 % face à l'euro sur l'année et de 14 % face à la devise japonaise. Le chômage touche ses plus bas (5,8 %), la croissance est au rendez-vous, on crée de l'emploi et on consomme. The American dream is back. Le seul point faible étant le bas niveau d'inflation, sensible à la variation des matières premières. La patience, pour laquelle la FED a opté avant de procéder à une première hausse de ses taux, conforte les investisseurs. La faible croissance des prix ne semble pas impacter sur l'activité et l'emploi. Par ailleurs, si l'on se focalise sur le taux core d'inflation, il reste stable aux États-Unis, ce qui implique que l'augmentation des fed funds rate ne devrait pas dépendre principalement du niveau général des prix. Une hausse mi-2015 ne serait donc pas improbable, peut-être même plus tôt que prévu.
 
     Les indicateurs macroéconomiques tels que le chômage ou la dette sont loin d'être rassurants, notamment en France. De plus, l'instabilité politique persiste en Grèce, l'efficacité de la politique monétaire européenne est encore à prouver. Les discours ultra accommodants demeurent, les taux restent anesthésiés, la Federal Reserve opte pour la patience, le pétrole donne du pouvoir d'achat et doperait la croissance à terme, sans oublier l'euro qui poursuit sa descente contrairement aux indices, décidés à grimper. Cherchera-t-on à monter plus haut que le ciel en 2015 ? Ou sera-t-on très rapidement rattrapés par les nombreuses réalités économiques et (géo)politiques ? No worries, ECB will «do whatever it takes» to cheer you markets up. ». Sur ce, joyeuses fêtes ! 

 

Par OUALID Zohra

@Zohra_1992

 

Rédigé par Eco-euro

Publié dans #économie, #europe, #euro, #EURUSD, #russie, #finance, #fed

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cypressat 29/12/2014 17:37

Bravo très interressant, merci Zohra

Eco-euro 29/12/2014 20:23

Je t'en prie Patrick.
Pou répondre à ton billet (car je ne suis pas inscrite) je te souhaite également d'excellentes fêtes.

Raphaël DIDIER 26/12/2014 19:43

Bonjour,

Ces chocs dont vous parlez sont pour la plupart endogènes à la zone euro : inflation faible, croissance en berne, chômage élevé, etc. Cela soulève donc la question de la viabilité de la zone euro dans sa forme actuelle (politiquement, économiquement et sur le plan social)...

Joyeuses fêtes,

Raphaël DIDIER

Eco-euro 29/12/2014 20:26

Bonsoir,
Merci pour vos remarques,
Ces chocs sont en effet pour la plupart relatifs à des faits macroéco endogènes.
Joyeuses fêtes !

Yosoleno 25/12/2014 22:01

Je vois bien une petite flambée affective de la croissance - après Noël - grâce à la baisse du pétrole et de l'€ (vraie bonne nouvelle et non une fausse ;-))

Eco-euro 25/12/2014 22:05

Ah mais oui,la baisse du baril est une occasion de remettre un peu d'argent dans les poches du consommateur mais il y a des préoccupations à l'échelle étatique bcp plus importantes ... Bonne nouvelle, oui. Ephémère ? On verra ;))

Rhésus 25/12/2014 21:45

superbe article , cela devient une habitude , like

Eco-euro 25/12/2014 21:46

Bonsoir Rhésus ! Merci beaucoup !