Une euphorie bel et bien éphémère

Publié le 10 Juillet 2012

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On pouvait s'y attendre, c'était plus que prévisible. Un vingtième grand sommet de la dernière chance pour sortir la zone euro de la crise de façon intelligente a résulté à plus de questions que de solutions. Des espoirs qui ont provoqué des excès d'euphorie sur les marchés (bancaire notamment) car il y a eu – il faut se le dire – des avancées, de réelles prises de conscience, des projets embryonnaires mais intelligents tels que rôle du futur MES ou la baisse du taux d'intérêt directeur de la Banque Centrale Européenne. Sur la forme cela a été fructueux, par contre sur le fond le chantier est toujours aussi gros, nous faisons du "sur-place" et il n'y a aucune raison d'en douter.

 

Nous aimerions tous vivre dans le monde théorique car là-bas tout se passe toujours bien, c'est bien connu mais la pratique est loin d'être un monde aussi rose. C'est exactement ce qui se passe ces derniers jours : Casser la dépendance entre le risque bancaire et souverain, accorder une licence bancaire au futur Mécanisme Européen de Stabilité, faire en sorte que les taux d'intérêts espagnols et italiens sur le marché obligataire soient revus à la baisse, une supervision bancaire, un taux directeur à 0,75 % ou encore une envie de fédéralisme ... Toutes ces paroles sont belles à entendre, elles font rêver et donnent l'impression que l'Europe atteint un nouveau cap. Concrètement, on fait comment ?


C'est exactement la question qui a coupé l'appétit aux marchés. Bien sûr, j'ai toujours dit que ces derniers étaient dépourvus de morale et qu'ils agissaient sur le très court terme, sur les mots, sur le fait. Il faut quand même le croire lorsque l'on ose dire que les marchés aient été rassurés après le sommet de Bruxelles car les mesures prises contenaient enfin des perspectives à long terme !

 

Mario Draghi fut le premier à casser l'euphorie en déclarant qu'il n'y aurait pas de nouvel Long Term Refinancing Operation – l'opération planche à billet, "bazooka" ou l'équivalent d'un Quantitative Easing (QE) – pour améliorer la situation européenne. On peut être d'accord avec lui ou ne pas l'être mais en toute objectivité vous conviendrez que permettre aux banques d'avoir accès à la facilité pour mettre fin aux problèmes qu'ils ont eux-même provoqués semble être très amoral – surtout après les 1 000 milliards d'euro qui n'ont pas profité à l'économie réelle -. La BCE, sachant qu'elle pourrait mettre fin " du jour au lendemain " à la crise de la dette souveraine grâce à sa baguette magique – open market - , a tout naturellement besoin d'être ferme et d'être munis de remparts (pas trop hauts non plus). De plus, cette institution est indépendante et ne doit pas être influencée par d'autres facteurs. Il y a eu toutefois un petit laxisme d'un epsilon de la part de Mario Draghi via la baisse de son principal taux directeur à 0,75 %. Ceci permettrait aux entreprises européennes d'investir davantage – espérons le -. Draghi va plus loin et diminue également le taux de dépôt à 0 % c'est-à-dire qu'il y a une incitation nulle à déposer des liquidités à la BCE pour que les institutions financières soient incitées à emprunter davantage. Chacun en pense ce qu'il veut mais avec un levier monétaire trop imposant (M.V=P.T) il est préférable de responsabiliser. L'excès d'autrefois ne rime plus avec la facilité de s'en sortir mais n'oublions pas que la crise à des répercussions sur les populations des pays fragiles et que pour eux, le fait d'accorder une licence bancaire au MES en 2013 ne changera pas grand-chose à leur quotidien.

 

Deuxième motif de déception, l'Espagne et l'Italie. On les croyaient "gagnants" du sommet de Bruxelles mais il semble que ceci se soit très rapidement estompé. En effet, l'Espagne voit toujours son taux d'intérêt à 10 ans au-dessus de la barre des 7 % sur le marché des obligations alors qu'une baisse était attendue à l'issue du sommet. Il ne faut pas oublier que le Mécanisme Européen de Stabilité, qui fait l'objet d'éloges et de critiques, verra le jour qu'en 2013 et qu'en attendant, il y a le feu. Pour finir on revient encore et toujours à la case départ, à la case du trop peu trop tard. L'Espagne était au menu de l'Eurogroupe de ce lundi – comme quoi – notamment sur les moyens d'atteindre les 3 % du PIB ou encore sur la première tranche d'aide de 30 milliards d'euros. L'Espagne pourrait disposer d'un an de plus – soit jusqu'en 2014 – pour assainir ses comptes et respecter ses engagements.

 

Maintenant, concernant l'Italie, rien n'est gagné non plus. Le pays devrait voir son Produit Intérieur Brut reculer de 2 % alors que les mesures drastiques prises par M. Monti étaient fortement prônés et félicités par " certains " de nos dirigeants. Nous pouvons le confirmer, il y a de quoi être fier des politiques d'austérités qui sont imposés au pays du Sud et ceci devrait se répandre davantage.

 

Coté français, on se fait plaisir – une fois de plus – sans efforts imminents. Il faudrait se demander si notre pays occupe finalement une place intermédiaire dans la crise de la zone euro, un pays qui bénéficie et subit simultanément les effets de la crise. Un chômage en baisse pour le mois de mai mais il y a mieux : l'Agence France Trésor (AFT) a une bonne nouvelle : l'hexagone a effectivement emprunté ce lundi à taux négatifs pour la première fois sur des titres à très court terme (-0,005 %). Ceci a fait la UNE des journaux certes, mais il n'y a pas de raisons de s'étonner. D'une part, bien que la France ait été piégée par la Cour des Comptes et Bruxelles, il n'est pas anodin de remarquer que notre zone euro est entrée dans une nouvelle phase – que j'appellerais la crise d'intégration, ou du fédéralisme – et ceci a été confirmé par l'OCDE qui a souligné un ralentissement de l'économie. D'autre part, soulignons que la part des dépôts des ménages dans l'euro zone se réparti de la façon suivante :

 

  • 28% en Allemagne

  • 20% en France

  • 14% en Italie (source, Citi Investmen Research and Analysis)

 

Nous pouvons constater que la France reste, aux yeux des investisseurs, sûre et que ces derniers ont également leurs propres obligations comme par exemple, détenir de la dette souveraine. Ils sont donc prêts à rémunérer l'hexagone pour détenir ses titres. C'est clair et net, la France rentre dans le club des pays homogènes au détriment évidemment des taux d'usures auxquels l'Europe du Sud emprunte. Un fossé s'est créé – et ce n'est pas nouveau – on peut pousser le raisonnement en se demandant si finalement une Europe à deux vitesses ne serait pas favorable, est-ce que l'on peut vraiment être fédéral à 27 ? Une conception théoriquement homogène peut-elle coïncider avec une mise en oeuvre homogène fructueuse ?

Rédigé par OUALID Zohra

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