Une agence européenne de notation ?

Publié le 19 Juin 2012

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J'ai cru halluciner en lisant la Une économique de Libération mais ceci est bien véridique. J'ai envie de dire qu'on ouvre enfin les yeux et qu'on fait place au concret ! On a trop entendu de déclarations du style " on ne laissera pas les agences de notation diriger notre politique " ou encore " jusqu'où ira le pouvoir de ces dernières ? " sans avoir pour autant apporté d'alternatives pour changer la donne. Une petite lueur d'espoir apparaît lorsqu'on apprend qu'il y aurait un projet de création d'une agence de notation à l'échelle européenne. Combien de fois avais-je évoqué dans mes billets précédents ces 3 principales agences de notation et leurs effets nocifs sur l'économie et la politique des États touchés par la crise ? Elles n'ont pas su anticiper la crise de l'euro, ni celle des subprimes et encore moins le cas grec. Plus généralement, elle n'ont pas anticipé, ni déclenché encore moins atténué les crises. Pourquoi créer une autre agence à l'échelle européenne si elles sont tant critiquées?

 

On a longuement blâmé (moi la première) le rôle faussement incontournable des agences de notation anglo saxonnes telles que Standard & Poor's, Moody's et Fitch Ratings durant la crise de la dette qui n'ont rien fait d'autre que jeter de l'huile sur le feu envers les États fragilisés. L'une de ces agences ( Moody's) a été créé au début du 20 ème siècle dans le but de renseigner les investisseurs (ou d'autres acteurs) sur la solvabilité des créanciers dans le pays à l'aide de documents. Le business a débuté à partir du moment où ces documents pouvaient être vendus à l'échelle mondiale et l'excès se fait ressentir aujourd'hui (à croire que la dépendance est totalement ancrée). Un exemple d'excès qui n'est toujours pas soulevé aujourd'hui : Trouvez vous logique que ces agences de "rating'' anglo saxonnes aient la parole sur la situation de notre zone euro ? Ne serions-nous pas les mieux placés pour situer l'Europe ainsi que ses différents États membres ? De simples analystes ayant le même pouvoir qu'un journaliste ont la capacité de remuer le couteau dans la plaie à l'aide de bonnes ou mauvaises analyses mais n'évoquez pas les sanctions possibles après une mauvaise analyse ou une mauvaise anticipation car ceci est un autre problème qui n'est toujours pas soulevé, pour changer.

 

Bref, une alternative a ENFIN été suggérée ce mardi 19 juin par le Sénat qui serait la création d'une agence européenne privée de notation dans un rapport volumineux de la chambre haute du parlement. Le principe est simple : créer une force européenne face aux agences déjà existantes (ça me fait étrangement rappeler la création de l'euro pour créer une force face au dollar bref) qui aurait un impact sur la scène internationale. Des Sénateurs déclarent " qu'il n'est pas admissible que la première puissance économique du monde ne puisse pas faire entendre sa voix singulière dans l'univers de la notation ". Ce projet permettrait surtout de disposer de rapports plus crédible au vu de la situation (critique) européenne qui se dégrade et d'éviter que Moody's et cie en bénéficient en se remplissant les poches. Pourquoi en tirerait-elles profits inutilement ? Un exemple concis : A quoi sert la dégradation de la note d'un État qui reçoit l'aide des organisations internationales ? Sommes nous pas dotés d'un minimum d'intelligence pour savoir qu'un pays aidé est un pays en difficulté ? Non évidemment, il faut que les marchés crient pour que les agences fassent de même ! Déplorable ! Beaucoup d'autres questions restent sans réponses car ils n'ont jamais été soulevées, ne cherchons pas les raisons, nous ne pouvons rien dire ni faire quoique ce soit face à des analystes, c'est eux qui détiennent le monopole de la notation donc respectons les.

 

Le triple A français a été perdu au début de l'année (13.01.12) ramenant sa note souveraine à AA+ avec perspective négative car les plans de rigueur proposés par le gouvernement ont créée une vague de peur sur les marchés financiers, conséquence ? Les taux à long terme français sur le marché obligataire n'ont jamais été aussi bas (3%) car finalement, le pays était toujours en capacité de rembourser sa dette, après tout les marchés ne veulent que des moyens crédibles pour rembourser et non un remboursement rapide. Je ne sens toujours pas la perspective négative pourtant la dette de l'hexagone devrait augmenter si on embauche plus de fonctionnaire, si l'on donne un coup de pouce au SMIC ou encore si l'on modifie la politique fiscale ? On fait trembler les allemands et les britanniques, pourquoi pas Standard & Poor's ? Vous me direz qu'il y a des cas plus chaotiques à régler aujourd'hui mais ne pensez vous pas que c'est à ce moment là que les agences devraient communiquer ses inquiétudes ? Qu'attendent-elles ? Une sorte de jeudi noir peut être pour allumer le feu ? C'est ce qu'a fait Moody's il y a un peu plus d'une semaine en dégradant la note espagnole de 3 crans (A3 à Baa3). En somme, on passe d'agences indépendantes (au début du 20ème) à des agences complètement assujettis aux marchés financiers ainsi qu'à ses sautes d'humeurs.

 

Pour résumer, cette idée de créer une agence européenne de notation souligne une fois de plus la préoccupation des dirigeants européens (ici, français) qui apparaît tardivement certes, mais mieux vaut tard que jamais pour sortir de cette crise et de cette dépendance à la (mauvaise) finance. Une proposition qui j'espère aboutira et sera appuyée par la Commission Européenne.  N'espérons pas non que cette mesure sera forcément un succès : rien est fait d'une part et d'autre part, les investisseurs ne vont pas passer du coq à l'âne du jour au lendemain. Il va en falloir du temps oui, mais la volonté et les raisons (valables) y sont ! En attendant, nos agences actuelles doivent être absolument réformées, transformées, être plus indépendantes, transparentes et ne pas se préoccuper des commissions ou des parts de marchés mais de leur rôle primaire, essentiel afin qu'elles retrouvent un peu de leur crédibilité.

Rédigé par OUALID Zohra

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