Euphorie sur les marchés, c'est gagné !

Publié le 29 Juin 2012

 

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Nous sommes à l'issu d'un sommet crucial mouvementé qui a eu lieu à Bruxelles et qui fut très attendu par la zone euro mais également par beaucoup d'autres nations hors euro. N'oublions pas que les marchés restaient dubitatifs et n'attendaient aucunes perspectives concrètes. Ils ont eu faux évidemment la preuve est là : le CAC 40 a atteint 3196,65 points soit une hausse de 4,75%, son niveau le plus élevé de l'année. Cette hausse est directement liée à l'euphorie voire la folie des titres financiers tels que la Société Générale qui flambe de 9,98%, la BNP qui augmente de 9,71% ou encore le Crédit Agricole qui gagne 8,71 %. Vous vous doutez bien que le sommet de Bruxelles a dû les rassurer de façon radical, pour combien de temps ?

 

Il aura fallu attendre le 30 ème sommet européen de la dernière chance pour parvenir à des accords sur un fond crédible. Ce fut l'objectif de François Hollande qui s'était montré très préoccupé vis à vis des économies italiennes et espagnoles notamment sur le marché obligataire. Il a même indirectement montré sa solidarité en évoquant lors de son arrivé à Bruxelles qu'il fallait des "solutions très rapides pour soutenir les pays qui sont les plus en difficulté sur les marchés" faisant ainsi allusion à ces deux pays finaliste. Ceci a donné un avant goût de l'union Hollande-Monti-Rajoy qui n'allait pas être anodine et par conséquent un mini bras de fer avec Merkel même après des minis accords lors de minis sommets.

 

hollande-rajoy-reuters-930620-29.06.12_scalewidth_630.jpgCe qu'il faut retenir de cette réunion c'est qu'effectivement, l'Italie a une fois de plus battu l’Allemagne (Monti s'est fait surnommé super Mario comme Balotelli). Bon ok ceci reste une conclusion très simpliste, il est plus juste de dire que l'Europe de Sud a réussi à obtenir des solutions à la taille de leurs préoccupations quitte à négocier – comme le souhaitait Rajoy - jusqu'au milieu de la nuit. Les pays fragiles que sont l'Espagne et l'Italie ont obtenu après ce sommet, une baisse de leurs coûts d'emprunts (mais qui restent cependant élevés). Pour arriver à ce résultat, il a été convenu de recapitaliser directement les banques – un petit peu de laxisme ne fait pas de mal – via le FESF puis le MES (qui a été finalement ratifié en Allemagne) ce qui empêchera d’alourdir la dette étatique et qui permettra également de casser petit à petit la forte dépendance qui existe entre les banques et les États (réciproquement). Angela Merkel qui était contre cette mesure « laxiste » s'est trouvée contrainte d'y céder -ce qui a provoqué les critiques de son opposition politique et quelques unes de journaux – mais de préciser qu'il y aurait des conditions pour y avoir recours (par exemple on peut se douter que le minimum sera de ratifier le TCSG).

 

François Hollande peut être satisfait, il y aura bel et bien 1% du PIB européen - 120 milliards - qui sera consacré au volet croissance via l'investissement. Même si cette somme reste un epsilon face aux réels besoins de notre zone euro, elle permettra – du moins espérons le – de relancer certains projets à court terme. La TTF devrait être mise en place avant la fin de l'année avec l'accord de l'Allemagne. La garantie des dépôts reste un sujet très obscure qui n'a pas été profondément discuté. Le projet de création d'une Bad Bank qui était appuyée par la BCE n'a pas été évoqué tout comme les eurobonds qui seront remis à plus tard. Concernant le MES, Mario Monti a précisé qu'il ne l'utiliserait pas … du moins pas pour l'instant. Vous voyez bien que des détails restent à revoir sur la mise en application de cette feuille de route et c'est sur quoi les marchés resteront très attentifs par la suite.

 

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             source : l'AGEFI

En ce qui concerne justement ces derniers qui ont fêté l’événement, les investisseurs se disent rassurés et clarifiés par ces accords nocturnes. Par contre, je dirais qu'il est totalement absurde de se réjouir du fait que les marchés aient salué les mesures prisent. Premièrement leurs anticipations étaient fausses, ils ne s'attendaient pas à un tel résultat à l'issu de ce sommet. Deuxièmement, le fait que les médias, politiciens etc s'appuient, s'attardent, soulignent, comparent et lient le succès de Bruxelles à la réaction des marchés ne fait que confirmer ce qui était dit depuis très longtemps : nous sommes dans une époque où les gouvernements se font les laquais des marchés financiers, d'un monde virtuel si j'ose dire, amoral et qui réagissent sur le fait et non sur le long terme même si les investisseurs se disent éclairés ! La rapidité est donc pour eux la bonne solution. Pour mieux comprendre où je souhaite en venir, je vous renvoi à « L'avenir de l'économie », un livre très enrichissant de Jean Pierre Dupuy dans lequel la crise que nous traversons est évoquée dans une approche très philosophique ( il en faut me diriez vous ) qui nous permet d'avoir une toute autre vision du rôle de l'économie vis à vis de l’intendance et la politique.

 

En somme, un petit pas que l'on peut qualifier de fructueux pour l'Europe (du Sud) et qui a montré en une seule nuit la préoccupation majeure des États membres pour l'avenir (même le présent). La question est de savoir pourquoi une telle mesure n'a pas été envisagé quand la Grèce agonisait. Ce n'est pas parce que la Grèce représente un petit pourcentage du PIB européen que les solutions doivent être de la même ampleur. Bref, les marchés ont bien réagit, c'est un fait, mais n'oubliez pas … Tel qui rit vendredi lundi pleurera car des marchés euphoriques c'est bien, mais c'est toujours éphémère.

Rédigé par OUALID Zohra

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