Ni optimisme ni pessimisme ; de la détermination !

Publié le 23 Décembre 2012

 

  Cette déclaration de Jean Monnet illustre bien le cas dans lequel notre hexagone se trouve après les nombreuses mises en garde concernant son objectif des 3 % de déficit pour 2013 ainsi que l'inversion de la courbe de chômage anticipé tout au long du quinquennat.

 

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Bien que le gouvernement de Jean Marc Ayrault ait multiplié les mesures pour parvenir aux chiffres antérieurement fixés – apparemment non indexé sur un contexte économique changeant - , l'optimisme de gauche ne semble pas être partagé par certains, notamment par le Fond Monétaire International. Il est vrai que malgré les souvenirs assez amers que nous avons en tête – dogmatisme - dans les années 80, le FMI a réussi à regagner en crédibilité, revoir ses politiques ainsi qu'améliorer la transparence des informations. Cet épisode de privatisation massive, libéralisation rapide, oligarchie croissante et j'en passe a fait du Fond Monétaire International l'ennemi des pays du Tiers-Monde. cf. Joseph Stiglitz, la grande désillusion - Aujourd'hui la crise que traverse la zone euro, ses banques, ses marchés et les négociations aux États-Unis laissent à penser que la bombe à retardement aurait son noyaux dans les pays du Nord – après tout, ils détiennent tout de même un poids considérable dans la prise de décision du F.M.I – tout en oubliant que les réels problèmes sont de nature psychologique, ailleurs. Les crises des pays du Nord sont relatives à deux mots clés, ceux qui ont provoqué l'euphorie, la folie, la corruption, l'oligarchie, les excès ... La monnaie et les taux. Comme l'a si bien dit Voltaire : " Une monnaie papier, basée sur la seule confiance dans le gouvernement qui l'imprime, finit toujours par retourner à sa valeur intrinsèque : zéro ".Pendant ce temps, les pays qui se trouvent dans des difficultés beaucoup plus primaires se voient en position de réticence quant à une demande d'aide internationale qui donnerait lieu à une crainte de conditionnalité -drastique - En somme, une introduction qui a pour but d'éviter de considérer les déclarations du Fond Monétaire International comme étant forcément la voix de la vérité dans une situation particulière quand on ne remplit pas entièrement ses fonctions de bases... La dernière déclaration de ce dernier vise les objectifs du gouvernement français. En effet, dans son rapport annuel, le FMI a déclaré ce vendredi que la France ne parviendrait pas aux 3 % de déficit en 2013 tout comme sa croissance prévue de 0,8 %... Un constat qui – apparemment - n'impressionne pas le gouvernement Ayrault.

 

 

Une France trop optimiste ...

 

      Il est vrai que l'hexagone ait proposé et mis en place multiples mesures qui avaient pour but de se différencier du gouvernement précédent. Peut-être devrions-nous analyser le poids des mesures, leurs effets sur le moyen-long terme mais également sur le contexte dans lequel elles sont prises – dans la précipitation ? -. Les grandes lignes des objectifs pris par la France sont les suivants : 3 % de déficit en 2013, une courbe du chômage à la baisse, une réduction des dépenses et une progression du PIB de l'ordre de 0,8 % ... En somme, un redressement du pays dans un contexte économique actuellement morose. Les réactions ont été nombreuses certes mais ceci n'a pas suffi pour mettre le doute au gouvernement mais au contraire s'appuyer sur les prévisions, Jean-Marc Ayrault a par ailleurs déclaré ; " Ce n'est pas parce que les prévisions sont pessimistes que cela va nous décourager, au contraire, cela devrait nous mobiliser davantage [...] La France est engagée dans un combat de redressement, il faut le mener, c'est un combat difficile ". La problématique que l'on pourrait souligné ici serait la suivante ; une prévision jugée trop optimiste serait-elle précurseur d'une politique d'austérité qui dépendrait du degré d'optimisme ? Soulignons que le pays a commencé par appliquer une politique fiscale sévère – qui se traduit par l'exil - qui pourrait conduire à une sorte de futur "brain-drain" dans le but d'augmenter les recettes sans penser à l'effet LAFFER. Cet effet vient de la célèbre courbe d'Arthur LAFFER démontrant de façon compréhensible que trop d'impôt tue l'impôt.... et également l'envie d'entreprendre. Par ailleurs, la réduction des dépenses publiques semble également être au coeur des concertations pour les années à venir. Au-delà des dépenses incompressibles qui recouvrent déjà une part considérable des dépenses totales, les dépenses publiques devraient être réduits dans le but de réaliser quelques 30 milliards d'économies. Dans ce cas, il serait judicieux de se demander comment réduire simultanément les dépenses publiques, réaliser des recettes sachant que le peu de recettes qui seraient réalisé compenserait celles liées à l'effet LAFFER et, en plus, relancer la croissance sachant que théoriquement une baisse des dépenses a un impact négatif sur la croissance par l'effet multiplicateur. Nous voyons bien que l'équation est loin d'être facile et que beaucoup de variables interviennent pour atteindre les objectifs fixés. Il en est de même en ce qui concerne le marché du travail qui est actuellement en difficulté entre les suppressions d'emplois et la barre des trois millions de chômeurs atteint. Le coup de pouce au SMIC annulé en janvier serait peut-être lié à une voix levée qui aurait souligné les effets pervers d'une augmentation du salaire minimum - souligné dans mon billet " L'INSEE confirme les inquiétudes " -.

 

     Quoi qu'il en soit, la France semble appréciée par les marchés où son taux d'emprunt à court-moyen et long terme restent dans les bas historiques malgré le retrait de son triple A par l'agence de notation Moody's. Attention cependant à ne pas se dire que la position intermédiaire dans laquelle se trouve la France lui permettra de profiter de taux bas quelle que soit la politique qu'elle mettra en oeuvre, car, au contraire, dans une telle position, être visée du doigt est beaucoup plus simple ...

 

 

... dans un environnement trop pessimiste.

 

       Bien entendu, il faut s'informer sur les différents points de vue. Nous avons d'un côté, un gouvernement qui croit dur comme fer à appliquer ses discours et, d'un autre, la Commission de Bruxelles, la Cour des comptes, le FMI – etc – qui restent dubitatifs. Serait-ce juste une crainte de voir la France entrer dans une situation économique semblable aux pays actuellement fragilisés par la crise et dans un cercle vicieux dangereux ou un pessimisme qui a pour objectif d'inciter le gouvernement à revoir les mesures prises ? Nous pouvons souligner, avant d'avancer quoi que ce soit, que le pessimisme ne doit pas être vu d'un point de vue manichéen ; en d'autres termes, comme l'a dit Claire Booth, député américaine " La différence entre un optimiste et un pessimiste tient au fait que le pessimiste est généralement mieux informé ". Mais l'information de ces institutions tient aux prévisions statistiques sans avoir aucun contact avec la réalité si ce n'est pas la " réalité chiffrée ". Leurs informations tiennent également à l'appréciation de la situation du pays et à la corrélation avec les prévisions futures de façon objective sans tenir compte de " la réputation " de l'État en question – ce qui a été remis en question lors des critiques établies envers les agences de notations -. Certains de nos dirigeants et grands nombres d'économistes ont critiqué ouvertement les politiques d'austérités qu'imposaient le pays outre-Rhin ce qui faisait freiner la croissance, décourager à toutes formes de reprise et ainsi créer une dépendance. Mais en évoquant le phénomène de dépendance, il est vrai que d'un point de vue psychologique, une relation de dépendance entre deux acteurs par la dette est source d'aliénation et de culpabilité et le seul moyen de se montrer reconnaissant a été l'assujettissement aux politiques d'austérité menant à la spirale récessive...

   

      De ce fait, tout espoir de reprise a été plombé par les marchés et les agences de notations d'une part et par certains dirigeants de l'opposition d'autre part. En France, il y a des projets mis sur la table, des objectifs fixés certes, mais cette peur de l'austérité que cela pourrait entraîner plonge l'environnement dans un pessimisme profond noyant toute forme d'espérance. Citons par exemple les fameux euro-bonds prônés par François Hollande ou encore sa détermination à ne pas signer le pacte européen lors de sa campagne présidentielle ; il y avait de bonnes intentions certes, mais les craintes à l'échelle européenne ont pris le dessus ce qui a dissuadé l'aboutissement du projet – Idée débat : Qui fait la politique ? - En somme, il est vrai que la zone-euro ne voie pas encore la sortie du tunnel bien que des politiques économiques aillent dans le bon sens. Nous avons, espérons-le, compris que sans coordination et sans volonté, nous ne pouvions parvenir à avancer. Toutefois, il faut voir le bon côté des choses et se dire qu'une crise, c'est ce qui sépare le vieux du neuf.

Ceci ouvre un autre débat : que pouvons-nous attendre de neuf ?

 

 

" Là où se trouve une volonté, il existe un chemin "       -W. Churchill -

 

 0d68ed6e-1161-11e2-89aa-9a6a227cc93e-493x328-copie-1.jpgCeci paraît simple mais c'est justement cette simplicité qui s'estompe dans un environnement de plus en plus complexifié. La volonté prend de nos jours une place epsilon, dans le but de préserver au maximum les intérêts personnels de chacun. Cette absence de volonté entre en contradiction avec le principe même de l'union monétaire qui fut la création d'un bloc insécable. Aujourd'hui le dogme du financiarisme semble être au rendez-vous, tout comme la nécessité dans ce contexte, de mettre de côté la prise de conscience collective et le débat démocratique – cf. J.P Ferry : le réveil des démons – Á l'échelle de notre hexagone, il n'est pas anodin de remarquer que la volonté est présente, nos dirigeants persistent à croire qu'ils parviendront à atteindre leurs objectifs face aux prévisions moroses du F.M.I - 0,4 % de croissance contre 0,8 % prévu -, mais il ne faut pas penser qu'un esprit optimiste est forcément vertueux , au risque de voir notre gouvernement s'aveugler dans son propre optimisme. D'un autre côté, les dirigeants qui voient tout en noir seront certains de voir notre hexagone entrer en dépression et notre note souveraine entrer dans la catégorie spéculative après les futurs résultats macro-économiques. Terminons sur une seconde citation de W. Churchill qui devrait en stimuler plus d'un " Mieux vaut prendre le changement par la main avant qu'il ne nous prenne par la gorge ".

 

> Je vous souhaite d'excellentes fêtes de fin d'année ;-), Zohra.

Rédigé par Eco-euro

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