Pessimisme quand tu nous tiens.

Publié le 2 Août 2012

Suite aux nombreuses concertations lors des minis sommets et du sommet de Bruxelles, on remarque bien qu'au jour d'aujourd'hui les solutions concrètes n'ont pas été au rendez-vous. Pourtant, l'espoir était présent sur les marchés et à plusieurs reprises, enfin, je dirais que les marchés ont eu droit à la joie, l'inquiétude et à la tristesse au fil des jours. Certaines déclarations ont plu, d'autres non et certaines décisions provenant d'agences super fiables ont favorisé la dégradation du moral des investisseurs. On a bel et bien remarqué que de nombreuses déclarations diverses et hétérogènes ont contribué à la minimisation de l'esprit positif suite au sommet de Bruxelles. Beaucoup d’événements intermédiaires ont provoqué des secousses tels que le principal taux directeur de la BCE à 0,75 % infructueux tout comme le taux de dépôts à 0 %, une opposition qui persiste encore aujourd'hui sur l''octroi d'une licence bancaire au MES – qui lui permettrait de se financer auprès de la BCE - , des taux espagnols et italiens qui ont atteint des records, une Grèce qui est encore loin de se remettre sur pied sans oublier la conjoncture générale macro-économique qui connaît une descente aux enfers.

 

349802_0202199154459_web.jpgPour calmer rapidement cet incendie sur les marchés obligataires et financiers, Mario Draghi a réagi avec les mots qu'il fallait en insistant sur le fait qu'il allait tout mettre en œuvre pour préserver l'euro dans la limite de son mandat, cf article «  Mario Draghi reprend les commandes ». Suite à sa déclaration, les marchés sont restés et restent très hésitants avec des clôtures très hétérogènes en attendant le côté concret qui devrait se faire cette fin de semaine. Côté économie, la licence bancaire au MES fait toujours l'objet de vives tensions entre ceux qui sont pour un rachat de dettes d'états et d'autres qui craignent l'inflation et l'irresponsabilité. N'oubliez pas que le terme d'irresponsabilité s'applique à l'Europe du Sud avec le laxisme d'un temps mais également l'Europe du Nord avec des politiques homogènes, inappropriées et favorisant la politique de l'autruche. Ce type de politique est bien évidemment menée principalement par l'Allemagne, le Luxembourg et les Pays bas qui ont été sanctionnés par Moody's avec une perspective négative – pour une fois que la raison est justifiée -.

 

Ajoutons que ces agences anglo-saxonnes ont été visées suite à une étude démontrant qu'elles ont été le « pousse au crime » dans la crise de l'euro avec des dégradations majoritairement injustifiées. Il est un peu tard pour faire le constat mais il est bon de souligner une fois de plus cette « Ratin'craty ». Comme quoi une agence européenne de notation est naturellement la bienvenue pour mettre fin à une sphère d'influence très négative. D'autres critiques ont été apportées ces dernières semaines notamment celles concernant le président de la Banque Centrale Européenne. En effet, l'Union Européenne mène actuellement une enquête à l'égard de Mario Draghi remettant en question son indépendance. Le président de la BCE appartient au G30 qui est un regroupement de grands dirigeants du secteur financier – coïncidence ? -. Cette appartenance remet en question la notion d'indépendance qui est attribuée à la BCE qu'il dirige et qui doit être à l’abri de toutes sphères d'influences - surtout provenant de ces milieux -. Pourrions-nous nous demander après ça s'il n'est pas logique qu'une telle injection fin 2011 et début 2012 n'ait pas trouvé le chemin vers l'économie réelle, servant uniquement à assister un système financier agonisant suite à ses propres erreurs... Tout peut être remis en cause car si même la BCE ne respecte pas sa règle éthique fondamentale qui est l'indépendance, d'autres pourront dire que dans ce cas une autre règle éthique ne pourrait pas être appliquée : son intervention sur le marché des obligations souveraines. Bref, Mario Draghi reste très observé le temps que cette enquête nous en apprenne davantage.

 

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Autre scandale qui a fait le buzz dans la presse économique : le Libor. Ceci est un fait qui pourrait probablement remettre la régulation financière au centre des préoccupations actuelles car tout le monde est informé de la part significative que la finance à pris ces dernières années après la libéralisation des capitaux qui a favorisé le progrès mais surtout les vices, dont la dérégulation massive. Aider les banques et savoir par la suite qu'elles ont été l'auteur de manipulations sur les taux auxquels elles s'empruntaient mutuellement restent un fait très révoltant. De plus, la rumeur s'étend jusque dans la zone euro avec l'Euribor qui aurait été également manipulé avec Barclays en Italie. Si l'on suit la même logique, disons donc que le mensonge statistique en Grèce avec la manipulation des chiffres restent pardonnables et une injection de liquidité de la part du FMI sans contrepartie drastiques – au contraire, avantageuses – pourrait être préférable, non ? Nous répondrions par la négative évidemment mais on souligne bien ici les inégalités profondes qui existent dans la mentalité financiariste qui a toujours profité d'un temps pour s'enrichir au détriment des autres agents économiques. En espérant que de lourdes sanctions s'en suivront.

 

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Si l'on résume, nous pouvons dire tout simplement qu'une logique vaudoue est toujours présente et durera, elle   a nourri le capitalisme et il est aujourd'hui très difficile de s'en séparer. Que l'on soit en crise ou pas, la chasse au rendement, au profit et à toutes sortes de gains sont activement recherchés sans faire attention aux répercussions (cf. article très limpide l'Expansion). Un dirigeant qui adhère au G30 aura forcément un intérêt particulier à défendre annulant donc son indépendance, un système financier qui doit s'alimenter pour nourrir ses bilans et les dépôts tout en limitant l'octroi de crédits à ceux qui souffrent réellement de la crise économique et financière et des dirigeants politiques prêts à tout pour limiter une avancé positive dans la gestion de la crise. Où allons-nous finalement ? Les propos tant attendus de Mario Draghi auront-ils réellement un impact sur l'économie réelle ? Un système financier en soif de liquidité pourra-t-il donner à boire aux autres agents économiques ? La determination - quasi inexistante - de nos dirigeants suffira-t-elle pour sortir les populations grecques, espagnoles, italiennes ou encore la conjoncture économique de la zone euro de cette impasse ? Des questions auxquelles des réponses concrètes n'ont toujours pas été apportées à ce jour … Le pessimisme est une forme d'intelligence certes, mais il ne fait pas avancer les choses, il en est de même pour un optimisme...sans actions concrètes. 

 

Résultat : Mario Draghi déclare qu'accorder une licence bancaire au MES serait contraire aux traités. Le président de la BCE a déçu. Une fois de plus, l'euphorie fut éphémère sur les marchés, la preuve est là :

 

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source : BourseDirect,

clôture du 02/08/2012.

(CAC 40)

Rédigé par OUALID Zohra

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Raphaël DIDIER 10/08/2012 11:19

C'est l'ensemble des institutions européennes qu'il va falloir refonder sous peine de voir la zone euro exploser. Mais pour l'instant, on cherche à soigner le mal européen avec les outils qui ont
provoqué la crise...

Eco-euro 11/08/2012 17:57



Tout à fait ...



Raphaël DIDIER 08/08/2012 11:17

Les récentes émissions de titres d'État à court terme avec taux négatifs sont également le signe d'une dégradation profonde de la confiance au sein de la zone euro. Même le Fonds de secours
européen, le FESF, a émis des titres à trois mois à taux négatif...

Eco-euro 08/08/2012 16:17



Le fly to quality comme vous l'avez si bien dit dans votre article :-) 


 


Un phénomène qui sera loin d'avoir des répércussions positives... Le FESF, d'après ce que j'ai lu, tient bon grâce à la garantie des pays dits "solides" de la zone euro. Quand on voit aujourd'hui
que la France est menacée d'une récéssion et que l'Allemagne commence à en ressentir les effets, nous pouvons nous demander si la garantie du FESF sera toujours valable ... N'oublions pas qu'elle
est sous perspective négative - par Moody's -


 


Pour l'instant c'est une réelle crise de confiance qui remet l'éthique même de la zone euro en cause ... Qu'en pensez-vous ?


 


Bonne fin d'après-midi.