" Une crise, c'est ce qui sépare le vieux du neuf "

Publié le 30 Octobre 2012

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source : lexpansion.lexpress.fr

 

Cette phrase synthétique prononcée par Antonio Gramsci et reprise dans le livre très instructif de François Lenglet " Qui va payer la cris€ ? " montre bien que notre système actuel s'apprête à évoluer (dans quel sens ?) car ce dernier est devenu une source d'exaspération et la recherche d'une néo-économie, d'une néo-finance voire d'un néo-fédéralisme tend à être très active.

 

Beaucoup de déclarations convergeaient sur le fait que la source de la crise actuelle était due à la mondialisation, en d'autres termes, liée à la suppression des entraves. Mais il est bon de savoir que cette " globalisation " des biens et services a permis à certaines régions du monde de prospérer malgré -évidemment - la montée en puissance de ce qu'on appelle l'économie grise. Il est vrai que cette mondialisation a été critiquée par les alter - voire anti - mondialistes car à tout avantage est associé un inconvénient. Ce qui est à réfuter est incontestablement la globalistation financière (ou la libre circulation des capitaux) au milieu des années 1980. Les réglementations se sont fait de plus en plus discrètes et le traité sur le fonctionnement de l'Union européenne a confirmé ce droit via l'article 56 mentionnant que " toutes les restrictions aux mouvements de capitaux entre les États membres et entre les États membres et les pays tiers sont interdites ". En somme, la plus grosse erreur commise dans l'aveuglement générale, une vengeance comme l'a si bien mentionné François Lenglet, une vengeance envers la génération précédente, celle de la vieille école pour être hyperbolique. 

 

La théorie classique fut longuement prônée. En effet, cette logique avait pour particularité la méfiance quant-à l'intervention de l'État car ceci était source de dysfonctionnement ; par conséquent, d'après les classiques, l'auto-régulation des marchés fut évidente et se laisser aveugler par la magie de l'offre et de la demande était le secret du succès. De ce fait, comme il n'y a plus d'entraves, comme tout circule librement, comme cette liberté se différencie de la dictature, la création d'un monopole a été inévitable et les déséquilibres se sont fait lentement mais sûrement ressentir... LES MARCHÉS S'AUTO-REGULENT MÊME AVEC DES DÉRÉGULATIONS ! ON Y CROIT ... ON Y A CRU. Pour en revenir à la libéralisation financière, la turbulence et la forte volatilité ont commencé leur flambée pour atteindre aujourd'hui des pics maintenant critiqués par un grand nombre d'institutions d'influences.

 

Les nombreux systèmes qui se sont succédés - de Bretton Woods au SME - ont démontré explicitement qu'il ne suffisait pas de détenir un pouvoir monétaire unique pour freiner les flux de capitaux à travers le monde - regardez les nombreuses péripéties du dollar - ; des politiques monétaires plus ou moins laxistes qui impactent sur les taux d'intérêts ainsi que sur le sort de la monnaie - absence de rigidité - entraînant une politique d'adaptation infructueuse sur le long terme incitant à adopter des comportements de court-terme - accords de Plazza et du Louvre pour citer un exemple - qui seront une fois de plus inefficaces et ainsi de suite. Il nous faut notre conclusion, où est-elle ? Nous savons pourtant que celui qui ne connaît pas l'histoire est condamné à la revivre alors tirons les leçons et progressons. La libéralisation financière est devenue, avec le temps, de plus en plus autonome, et nocivement indépendante ; nous avons perdu le contrôle de la politique monétaire qui doit satisfaire la stabilité. Cet excès d'autonomie nous mène à la problématique d'aujourd'hui : Qui fait notre politique ? Qui fait notre économie ? À quoi nos décisions sont-elles soumises ?

 

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source : europe1.fr

Cette instabilité générale a, bien évidemment, profité à grand nombre d'agents économiques en parts marginales ou ce que l'on peut appeler le fameux Top 1 %. Aussi bien les institutions financières que les ménages ou les firmes multi-nationales - en part marginale - , tous ont profité de cette période nerveuse sur le marché des capitaux pour satisfaire leurs intérêts au détriment de l'essor général. Délocalisations, actionnaires rois, rémunérations variables, profits à flots, des salaires astronomiques, hausse considérable des inégalités, exonérations... Bref, ces 1 % ont toujours comme devise l'article 56 du traité de Lisbonne. Bien évidemment, tout ceci restent des retombées attachées à cette suppression des entraves à la libre circulation. Aujourd'hui nous pouvons considérer ce fait comme étant LA cause de ce que traverse notre région. Quelques faits nous font prendre conscience de l'ampleur du problème tels que la manipulation du Libor - Barclays -, l'affaire Kerviel, les bulles immobilières, l'endettement des pays méridionaux dû à un marché obligataire qui ne reflétait plus la réalité - Eh oui, le retour à la réalité fat parfois très mal - etc. La mauvaise finance - Il y a de la bonne finance ! - est maintenant et seulement maintenant remise en question ; créer une supervision bancaire, taxer les transactions financières ... à un taux epsilon, renforcer le rôle des Autorités des Marchés Financiers (AMF), " combattre la finance " si l'on se réfère à la campagne de François Hollande.

 

Ces mauvais jeux qui ont conduit notre euro-zone à une crise de grande ampleur devraient, espérons-le, être bientôt considérés comme du vieux si l'on en croit notre cher Antonio Gramsci : " Une crise, c'est ce qui sépare le vieux du neuf ". Nous ne pouvons qu'être optimiste, mais surtout patient ... be patient but don't wait too long. Il y a bien du nouveau qui fait certes l'objet de désaccords très profonds - Franco-allemands notamment -concernant par exemple l'Union bancaire, mais les pistes restent bonnes et montre l'envie de franchir un nouveau cap. La Grèce est parvenue à trouver un accord avec ses créanciers quand on apprend que la France travaillait sur la Grexit, la Bad-Bank est née en Espagne ce qui permettrait au pays de se séparer de ses actifs toxiques avec des décotes plus ou moins élevées selon la nature de l'actif. Reste toutefois la création tant attendue de cette agence européenne de notation évoquée cet été dans le but de mettre fin à la dictature anglo-saxonne du Rating européen. Reste également à établir un contrôle renforcé sur la nature des transactions financières nocives au bon fonctionnement de l'économie.  - Pourquoi pas aller vers un modèle type chilien ? Laisser en circulation les capitaux de long terme par les multi-nationales et limiter les capitaux de très court-terme qui ne créé pas de richesse -

 

536_manifestation_alter_mondialiste_ES_9090.jpgSoulignons, pour finir, qu'une re-fondation totale de la logique des taux d'intérêts serait fortement souhaitable si l'on veut passer du vieux au neuf. Vous conviendrez, du moins je l'espère, que la notion du taux d'intérêt - essentiellement sur le marché obligataire - est toujours liée à une crise et la redéfinir ne serait pas infructueuse. Des taux exorbitants pour les uns, négatifs pour d'autres, encourageant ainsi les uns à entrer dans un cercle vicieux et d'autres vertueux pour leur intérêts nationaux AU désavantage des pays fragilisés. L'usage du taux d'intérêt en période de crise est devenu non conforme à l'éthique, totalement amoral, contradictoire et est la source de la dégradation des économies ... mêmes celles étant sous perfusion. Si on veut être optimiste, il va falloir re-fonder les problèmes de fonds et non de formes. Peut-être faudra-t-il attendre, pour cela, une nouvelle génération qui prônera, souhaitons-le, un "néo-utilitarisme" ...

source : jp.malrieu.free.fr

Rédigé par Eco-euro

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Raphaël DIDIER 06/11/2012 11:09

Ce n'est pas tant la mondialisation qui est incriminée, que le libre-échange voulu comme objectif ultime. C'est précisément ce que Maurice Allais, dont le libéralisme économique est pourtant avéré,
avait expliqué avec brio en déclarant que "tout libéraliser amène les pires désordres". Il montrait ensuite qu'une libéralisation totale des échanges avec des pays à faibles coûts salariaux est une
erreur... et il en appelait même à un protectionnisme qu'il qualifiait d'absolument nécessaire !