Croissance, richesse, égalité, bonheur.

Publié le 23 Juin 2013

 

____Nos économies actuelles font la course aux objectifs, mais pas n'importe lesquels. On pourrait appeler ça la course aux chiffres structurels. Des chiffres qui font parler d'eux ou tout du moins, qui font agir, qui font sourire – ou pas - les marchés, le FMI, les politiciens, enfin, nos gouverneurs. Bref, une course démarrée en 2009 où la ligne d'arrivée est encore loin d'être visible. Inverser la courbe du chômage si et seulement s'il y a des signes de croissance, rétablir les comptes publics pour créer un environnement de croissance. Vous l'aurez compris, entre discours, communiqués et études statistiques, la croissance semble être un des seuls repères pour juger de l'état de la conjoncture d'un pays lambda. Malheureusement, ce repère qui se fait aujourd'hui tant désirer n'a toujours rien à annoncer de positif alors en attendant, la course continue ou la bataille des chiffres aurais-je envie de dire. Une bataille qui prend de l'ampleur, une chasse aux évadés fiscaux, aux fumeurs, aux entrepreneurs, aux ménages … pour quelques recettes supplémentaires, pour combler des comptes actuellement au rouge et ainsi pouvoir atteindre le chiffre « 3 » … dans deux ans. Qu'est-ce que la croissance aujourd'hui ? Question à première vue assez simple, explicable avec un vocabulaire accessible. La vraie interrogation est la valeur actuelle de cet indicateur. Est-il toujours représentatif d'une économie touchée de plein foué par la crise ? Est-ce qu'un retour de la croissance en Espagne – que le FMI observerait, youpiii – signifierait que le pays aurait trouvé une nouvelle jeunesse ? En bref, la question du P.I.B comme indicateur de croissance est discutable, parlons-en.

 

  • Qu'est-ce que la croissance ?

 

____La définition de F. Perroux – économiste français - peut-être considérée comme la plus précise. D'après ce dernier, la croissance économique est « l'augmentation soutenue, pendant une ou plusieurs périodes longues, d'un indicateur de dimension en termes réels ». La croissance est donc liée à une vision de long-terme et ceci n'est pas nouveau. R. Solow est connu pour avoir étudié le phénomène de la croissance économique et depuis, les économistes distinguent l'analyse de long-terme et celle des fluctuations. Aujourd'hui, «l'indicateur de dimension» retenu est le produit intérieur brut et ça, malgré les problèmes qu'il pose – le travail domestique notamment avec sa part qui croît quand la conjoncture est au plus bas – De plus, l'évolution du PIB ne peut être synonyme de la variation de la richesse pour sa population, si le P.I.B augmente moins vite que la population d'un État quelconque alors il est logique que la richesse par habitant diminue. Déterminer le niveau de croissance d'un pays par son PIB ne peut donc être confondue avec la richesse et le bien-être. Qu'est-ce que recherchent donc les politiques ? Des chiffres, des chiffres et seulement des chiffres ?

 

  • Analyse cyclique

 

____Analysons et comparons certaines zones et nations sur de longues périodes. Quand je dis « longues », ce n'est pas pour exposer des données journalières, mensuelles voire annuelles (oui, la vision de longtermiste de nos jours peut faire peur) mais des données cycliques au sens de J. Schumpeter et sa célèbre théorie des cycles. Je vais principalement me focaliser sur des cycles majeurs, de 6 à 12 mois – ou si vous préférez, des cycles « Juglar » - Les cycles de Juglar étaient initialement faites pour mettre en évidence l'apparition des crises qui proviennent, selon lui,  d'un excès de confiance en l'avenir durant les périodes expansionnistes, en quelques mots, la naissance de la crise par la prospérité. Cela me fait étrangement penser au paradoxe de la tranquillité, comme quoi, même Minsky est à mentionner dans ce billet ! Voyons donc, dans un premier temps, certaines données statistiques qui pourraient mettre un frein à la forte considération presque qu'aveugle du chiffre, qui caractérise la croissance.

 

  • Le couple PIB-Inflation

 

____J. M Keynes prônait les politiques contra-cycliques, plus précisément, l'alliance des politiques monétaires en fonction de la conjoncture. C'est-à-dire, que d'après Keynes, la politique monétaire était un moyen de réguler les fluctuations économiques, de fait, des politiques expansionnistes devaient être mises en place dès lors que l'économie était en phase de ralentissement et des politiques monétaires restrictives en période de croissance. Voyons en quelques graphiques - fait par mes soins - si l'inspiration keynésienne est toujours d'actualité. [ source données EUROSTAT, trois années respectant le cycle Juglarien 2001, 2007, 2011 ] Oui, Keynes, Juglar, Minsky, Schumpeter et compagnie se retournent dans leur tombe, il ne seront pas les seuls rassurons-nous.

 

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____On peut lire dans de nombreuses revues économiques que la zone euro pourrait entrer dans une période déflationniste alors que l'économie est loin de la reprise. Mais cela reste du court-terme. Une vision trimestrielle, semestrielle au maximum. Ce que l'on peut voir, c'est que des données cycliques montrent que les politiques européennes ont leurs particularités et celles du Japon et des États-Unis ont la leur. Si l'on se place dans la zone-euro, on peut souligner que l'inspiration keynésienne est respectée contrairement aux États-Unis. Comment évaluer la vraie croissance d'une économie à l'aide de la politique monétaire ? Que ce soit d'actualité ou non, la célèbre règle de Friedman répond à la question : de la croissance à taux d'inflation … constant. Ainsi les détours de production provoquant de la croissance artificielle pourront peut-être s'atténuer. .. Ne soyons pas manichéen avec la vision monétariste, il serait fort tentant de voir ce que vaudrait notre – future – économie lorsque Bernanke dira stop au QE prochainement. Quand on voit la réaction des marchés suite au discours du président de la Federal Reserve, on peut anticiper le « hurry up » ! Bref, on voit que la croissance et l'inflation sont fortement liées, taux d'inflation modéré par la B.C.E devant qui on s'était mis à quatre pattes l'été dernier pour qu'elle puisse lancer des confettis comme elle l'a fait début 2012... et qui s'était révélé infructueuse. Eh oui, entre l'époque de Keynes et aujourd'hui, entre une économie d'endettement et une nouvelle économie de marché financier, les théories ne peuvent malheureusement plus être appliquées à la lettre !

 

____A première vue, on pourrait dire que le taux de variation du produit intérieur brut montre la santé économique d'un État et qu'il permet de cibler le niveau d'inflation. Un bon taux de croissance afin qu'un pays puisse se financer moins cher, d'avoir un rôle central, d'être reconnu, un peu ce que recherche actuellement la zone-euro, vainement pour l'instant. C'est pour cela que la course est toujours en cours et on le voit bien dans les deux graphiques précédents. Que montrent ces évolutions ? Montrent-elles vraiment une bonne santé étatique ?

 

 

  • Tous riches, égaux et heureux ?

 

_______ Richesse et bonheur _______

 

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____Une des grandes caractéristiques de nos économies actuelles est la croissance à crédit. La France en a jouit à l'époque des 35 heures souvenez-vous. Mais les États-Unis en sont l'égérie. Pour la zone-euro, lorsque que sa croissance était prononcée entre 2001 et 2007, la croissance du taux d'endettement des ménages européens l'étaient aussi. Ainsi, quand le PIB réel de la zone euro valait 2.9 en 2007, le taux d'endettement est passé de 75.09 % à 97.61 %. Vive la société de consommation européenne ! Les arbres ne montent pas jusqu'au ciel. La croissance inciterait-elle donc au crédit ? On m'a souvent dit que le recours au crédit - le recours à une consommation qui n'aurait pu être satisfaite avec nos revenu initiaux - était loin d'être un signe de richesse et de bonheur… Comme l'a si bien dit Coluche, « L'argent ne fait pas le bonheur du pauvre »

 

 

 _______Égalité _______

 

____L'indice de GINI est un bon moyen de se faire une idée du niveau de l'égalité au sein d'une population. Il permet de mesurer le degré d'inégalité de la répartition des revenus. Cet indice est calculé par l'INSEE par exemple et est souvent utilisé pour effectuer des comparaisons. Compris entre 0 – égalité parfaite – et 100 – inégalité parfaite – avec un seuil l'alerte se situant aux alentours de 40, l'indice établit par Corrado GINI peut montrer le revers de la croissance … à crédit.

 

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____La période euphorique qui a suivi la libéralisation financière a été propice à la diffusion croissante des inégalités aux États-Unis. Qu'en est-il à l'échelle de la zone-euro ? En Allemagne, lorsque le taux de croissance est passé de 1,5 % en 2001 à 3,3 % en 2007, l'indice de GINI est quant -à- lui passé de 25 à 30,4. Ce qui montre que la période d'expansion qu'avait connu le pays d'Outre-Rhin a été fortement favorable aux inégalités. En France, les tendances observées sont opposées, c'est-à-dire que lorsque le taux de variation du PIB a augmenté entre 2001 et 2007, le coefficient de GINI a diminué, ce qui est rassurant. On aurait tendance à dire que lorsque l'on croit que les arbres montent jusqu'au ciel – période expansionnistes - , les mauvaises pratiques veulent suivre la tendance. La démographie et la situation des travailleurs pauvres en Allemagne ne seront pas traitées dans ce billet, les réformes Hartz IV donnent une petite idée de l'état du marché du travail allemand.

 

 

  • Créer un B.N.B ?

 

____Se limiter au P.I.B pour mesurer la croissance est donc discutable. La détermination de nos dirigeants à vouloir tant bien que mal atteindre un objectif chiffré remet en question la valeur même de cet indicateur. Les politiques d'austérités qui ont été à un moment fortement prônées faisaient partie des moyens pour atteindre ces objectifs. Et ça, au détriment des populations, touchées par la crise via le chômage, un pouvoir d'achat en berne et le moral – au plus bas – Les contestations sont nombreuses dans les pays fragilisés par la crise économique et financière. L'obsession sans limite de la croissance – nulle ? - doit être nuancée. De plus, les crises estompent les visions de long-terme voulant coûte que coûte mener des réformes lourdes à intervalles rapprochés. Pendant ce temps, les suicides s'accumulent, les manifestations, les rassemblements, les saisies. Des populations à bout et privées de leur chaîne – grecque - télévision ! L'utilité doit être prise en compte, le bien-être, le bonheur. Se réjouir d'une croissance quand le taux d'endettement des ménages atteint 100 % est inquiétant et contradictoire.

 

____Au Bhoutan, on parle d'un indicateur encore inexistant ici, le Bonheur National Brut – B.N.B – cela peut faire sourire :). Il englobe le niveau de qualité de la vie, le progrès social, l'indice de développement humain et contient également … le produit intérieur brut ! Cela montre qu'il y a eu au Bhoutan une réelle prise de conscience, qu'une variable comme le bonheur doit entrer en ligne de compte. À quand le Bonheur Intérieur Brut européen ?

 

Rédigé par Eco-euro

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more information 17/12/2013 10:49

Personally I don't think that is what is happening at the moment.The world is profit-driven and full of greed. Inequality is growing and we are seeing unrest in society.I really like and appreciate your blog post. Much obliged.