Quand les craintes se mêlent à la reprise …

Publié le 7 Septembre 2013

---- Maigres signes de reprise, M. Draghi chante, nouvelles prévisions, les marchés dansent, la FED se fait attendre, un G20 sous tension, le cours du brent sous surveillance tout comme le dix ans français et allemand … Bref, une succession de faits en tout genre loin d'être anodins qui nourrissent de – nouvelles – inquiétudes et espérances tant bien endogènes qu'exogènes à la région monétaire. La reprise annoncée serait-elle seulement de passage ?

 

----Fausses mesures prophylactiques récurrentes vaines, sommets de la dernière chance infructueux, réformes relevant de la logique du « trop peu trop tard » aujourd'hui dans les tiroirs pour la majorité d'entre elles. Vaines, oui. On évoquait la faillite, le défaut, l'implosion. Tenter de mettre fin à la tempête plus ou moins violente qui s'abattait dans l'euro-zone ne fut guère aussi facile qu'on ne le prétendait. A partir du moment où ces mesures fortement contestées ont commencé à se faire discrètes à l'aide de certains mea-culpa – notamment sur les effets d'une politique d'austérité homogène – le tonnerre a cessé lentement mais sûrement de gronder pour laisser place, si j'ose écrire, à un ciel couvert timidement ensoleillé. Pour continuer dans l'écriture métaphorique, le peu de soleil qui s'offre à nous – en Europe – suffit visiblement à sortir les maillots de bain. Ils n'ont pas tort. Indeed, un ciel certes couvert, mais dès lors qu'il est possible de créer une chaleur artificielle, profiter devient le maître-mot. Profiter … jusqu'à la prochaine tempête – mi-septembre ? - Dans une période de transition météorologique comme celle-ci, ne serait-il pas préférable de changer sa garde-robe et rester vigilant quant aux futures prévisions jusqu'ici très volatiles ?

 

----Vous l'aurez compris, la zone euro sort de récession, les indices PMI donnent le sourire tout comme les prévisions de croissance, bien que la Fed nourrisse la crainte et l'envie d'acheter du dollar au détriment des pays émergents, la banque centrale européenne apaise les consciences en recourant à une sorte d'euphorie éphémère et artificielle. Cette dernière demeure rassurante en promettant une politique de taux bas – forward guidance – et une « politique monétaire accommodante aussi longtemps que nécessaire ». Il est question aujourd'hui d'atténuer certaines craintes liées à des faits exogènes à la région monétaire, quand les problèmes relevant de la géopolitique viennent se mêler à la reprise, les retombées peuvent être facilement anticipées. A ce jour, les marchés restent très vigilant concernant une intervention militaire en Syrie, la volatilité est visible, le marché des matières premières est sous surveillance – peut-être l'une des raisons pour lesquelles la réticence est au rendez-vous pour certains Etats sur une possible intervention militaire – les craintes d'une crise similaire à celle de 74 commence à se faire nombreuses chez les bloggeurs, inquiétudes sur la croissance mondiale, sur les futures dépenses européennes en cas d'intervention, etc. Vouloir préserver une maigre reprise tout en assumant les conséquences économiques qu'une intervention pourrait engendre serait possible qu'avec l'expertise financière d'un  ... membre de la famille Rothschild ;-)

 

----Il me semble avoir déjà évoqué dans l'un de mes précédents billets l'hystérie innée chez nos dirigeant quand il est question de croissance – du PIB, GDP – La politique de l'autruche vient s'y substituer dès lors qu'il est question de croissance dite « qualitatif » au sens de Georgescu-Roegen – économiste américain – qui regroupe la qualité de la vie, le logement, la santé, l'environnement, j'ajouterais également le moral des entreprises et des ménages après l'impact d'une fiscalité excessive – « La mort ou les impôts, on y échappe pas » – Nous avons tous conscience qu'il manque un accompagnement à cette reprise fragile ; les perspectives de croissance pour notre hexagone établies récemment par l'OCDE font certes des heureux mais la volatilité de ces prévisions font des craintifs. Le marché du travail reste encore sous la lumière des projecteurs tout comme les politiques fiscales. Le manque évoqué ci-dessus concerne les indicateurs qui influeraient positivement sur le moyen-long terme tel que l'instauration progressive d'une croissance schumpeterienne, basée sur l'innovation ; qu'elle soit majeure ou mineure, une politique favorisant l'innovation ne peut que favoriser une future expansion – serais-je over-optimistic ? - Mais, à ce jour, l'investissement et l'innovation dans notre pays sont en berne car notre économie est principalement caractérisée par - ce que j'ose écrire – le ras-le-bol fiscal. Par ailleurs, l'indice CAC40 semble tout autant être dopé mensuellement par la même quantité d'euphorie – pic des 4010 points et un euro qui s'échangeait à 1.31 $ sous l'effet Draghi jeudi dernier - Rassurer par du forward guidance quand on sait qu'il va falloir procéder à un « tapering européen » un jour ou l'autre provoque cette envie chez les investisseurs de - tant bien que mal – profiter de cette chaleur artificielle. Si l'on connaît l'Histoire, on saurait facilement admettre que ces périodes-type nourrissent les excès. Certains rétorqueraient que nous sommes soumis aux lois du marché, loi de l'offre et de la demande, la loi de la spéculation. Mais la doctrine manichéenne du « market-king » est révolue.

 

----Après la reprise européenne, nous pourrions peut-être nous demander – si ce n'est pas trop tôt - si notre région monétaire pourrait songer à un nouveau « take-off » fondé sur l'innovation. Le tout en évitant l'erreur de la croissance à crédit, des cercles vicieux, éviter également cet excès récurrent de confiance en l'avenir durant les belles périodes – cf. billet politique Potemkine – Changer les consciences en soulignant que toute crise « sépare le vieux du neuf » , qu'elle est utile, ancrée dans l'économie avec un rôle régulateur. Il n'a pas été compris que toute crise naissait de la prospérité car cette dernière nourrit le vice - roaring twenties, eighties – La sortie du tunnel européen est proche malgré les petites inquiétudes grecques, portugaises, espagnoles qui échappent à l’œil des marchés – peut-être relativiseraient-ils ? - Les prochains rendez-vous fortement attendus seront de toute évidence la Federal Reserve, la dette fédérale américaine, le dossier syrien et les élections allemandes … Des faits en tout genre qui vont faire chanter certains, danser d'autres. La détermination doit rester au rendez-vous, comme l'a si bien dit Juglar « La crise n'est qu'un moment pathologique d'un processus physiologique »

 

Source image : Georgescu-Roegen kmkz.ro 

 

 

Rédigé par Eco-euro

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