Sous une « politique de Potemkine » ?

Publié le 12 Août 2013

----Pour répondre aux messages reçus, je n'ai pas arrêté ce blog. Il m'a semblé inutile de relater d'une actualité économique et financière qui commence à se faire lentement mais sûrement répétitive sur le fond ... surtout quand la chaleur est au rendez-vous ;-) 

 

------La question posée en titre sur ce billet m'est soudainement venue en tête après avoir achevé la (re)lecture de Paul Krugman – pourquoi les crises reviennent toujours - , un des nombreux classiques que je vous conseille de lire et relire. Partons d'un fait en guise d'introduction. En juin 2013, à l'approche du G8 en Irlande du Nord – comté de Fermanagh – un complexe si j'ose écrire s'est présenté quant-à l'état des bâtiments environnant le lieu du futur sommet. Disons que les souvenirs amers – pas si lointains – de la crise étaient imprégnées. Le pays a donc procédé à une sorte de « maquillage immobilier » afin de masquer les stigmates de la misère post-crise via quelques rénovations. Bref, ce que l'on appelle le procédé de Potemkine. Pour les plus curieux d'entre vous, « village de Potemkine » est une légende russe. Le ministre aurait demandé au XVIIIe siècle, la construction de nouvelles façades en carton-pâtes pour masquer les vieux bâtiments avant l'arrivée de l'impératrice Catherine II. Enfin, fermons la parenthèse historique. Vous vous demandez sûrement où est-ce que je souhaite en venir avec cette légende russe ou avec le titre de ce billet. Don't worry, c'est la raison pour laquelle j'ai souhaité partager avec vous le rapprochement que j'ai pu faire entre la célèbre légende et notre région européenne. C'est vrai que parfois, mon raisonnement peut paraître flou voire incompris pour certains mais je tâcherai d'être la plus compréhensible possible ;-)

 

 

-----Si l'on se focalise dans un premier temps sur certains indicateurs macro et micro-économiques récemment publiés, on aurait tout naturellement tendance à dire [ bon, ça a été dit finalement ] que le pire est derrière nous, que la reprise est proche ou encore que la croissance nous redira bonjour dans un futur proche. En effet, la stabilisation du taux de chômage a fait beaucoup parler tout comme la reprise de la consommation, celle de la production industrielle ou encore celle des embauches d'après les dires de François Hollande le 14 juillet. Certes, de bonnes nouvelles, encourageantes et faisant regagner un goût d'optimisme au sein du gouvernement Ayrault mais il n'est cependant pas anodin de contraster cette joie aux craintes liées aux réformes à venir. De surcroît, l'hexagone s'est fait sévèrement sanctionnée par l'agence de notation Fitch en lui confisquant son dernier AAA avec en prime un communiqué bien péjoratif comme il faut. Qu'avais-je constaté ? Une France qui se voulait très rassurante voire over-optimistic sur fond de méfiance alors que sur la scène internationale – FMI, OCDE, CE – les inquiétudes se multipliaient. Les réformes fiscales sont fortement controversées, tout comme la compétitivité, la future hausse de la TVA et de la CSG, plus généralement des impôts - le FMI a d'ailleurs tiré la sonnette d'alarme - , les prévisions du poids de sa dette en part du PIB sur le court – 2014 - et long terme – 2017 – et sa situation sur le marché du travail qui reste encore un grand chantier – n'oubliez pas, INVERSER la courbe du chômage fin 2013 ! -

 

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source : lintrus.info

-----Créer ce que j'appelle de l'optimisme artificiel dans le but de rassurer les institutions internationales et les marchés financiers n'est-il pas un procédé voire une politique de Potemkine ? Non pas matériellement parlant mais surtout le modèle sur lequel repose le procédé utilisé par le gouvernement. Des prévisions de croissance aujourd'hui revues à la baisse – entre – 0.1 et 0.1 % – après avoir sévèrement affirmé que la croissance serait au rendez-vous. N'en espérons pas moins pour la courbe du chômage. L'application de cette légende ne s'arrête pas, selon moi, à la France. Prenons le Brésil. Le pays a décidé d'investir des dizaines de milliards d'euros pour le futur Mondial de football, une très bonne nouvelle en soi. Des projets de rénovations, de constructions, d’embellissements vont être mis en place à quelques mètres – sans vouloir paraître hyperbolique – de la réalité du pays en voie de développement, où la misère règne encore, où les pauvres sont encore majoritaires. Voir un tel déploiement d'argent alors que la population n'a pas été consultée a tout simplement démanteler le village de Potemkine - qui était en train de se créer - à travers de multiples contestations. Enfin, parler d'un démantèlement est encore tôt quand on voit la place que prend ce fait d'actualité dans la presse. Deuxième exemple, la région européenne. Outre le célèbre maquillage statistique grec qui montre bien à quel point la légende leur va à ravir, nous pouvons nous centraliser sur l'euro-zone. Mario Draghi s'est montré rassurant lors de son dernier discours mensuel concernant l'état de l'économie de la zone-euro. Voulant sûrement s'aligner sur les dires de Ben Bernanke (même s'il affirme que « Nous réagissons en fonction de la zone euro, et non pas en réaction de la communication d'autres banques centrales ») , le président de la Banque Centrale Européenne a déclaré que la politique sera accommodante aussi longtemps que nécessaire faisant ainsi diminuer les tensions qui existaient liées à un probable ralentissement du rythme de rachat d'actifs par la Federal Reserve. 

 

 
----On pensait Super Mario sauveur de la zone euro l'été dernier ? Souvenez-vous « A l’intérieur de son mandat, la BCE est prête à faire tout ce qui est nécessaire pour sauver l’euro. Et croyez-moi, ce sera suffisant. ». Meanwhile, le PIB grec se contracte tout comme son taux de chômage, des rumeurs sur un éventuel plan de sauvetage supplémentaire apparaissent alors que le FMI a débloqué 1.72 milliards d'euros pour le pays sans oublier le déficit budgétaire français qui se creuse. Ne voyons pas tout en noir, l'économie britannique montre des signes de reprise, excédent commercial en Allemagne, remboursement auprès de la BCE sans difficulté, bref il y a néanmoins du bon à souligner. Ce que l'on peut dire c'est qu'il y a une discrète et jolie convergence entre Mario Draghi et François Hollande : leur optimisme sans égal. On ose encore se questionner sur la forte volatilité des marchés. Quand les dires ou les analyses de long terme ne corrèlent plus avec les successions de faits de court-termistes pour cause de sur-optimisme, les marchés se rebellent. C'est donc véridique ? A long terme nous sommes vraiment tous mort ?

 

-----Pour conclure, les dirigeants misent sur l'excès d'optimisme pour rassurer les marchés et préserver un environnement de confiance malgré les nombreuses prévisions qui leur pendent au nez. Au final, les prévisions sont revues lentement mais sûrement à la baisse laissant transparaître la réelle situation économique. Il est certain que si l'on se focalise uniquement sur les vieilles recettes en attendant la croissance alors que le monde ne cesse de changer et de se complexifier, les effets seront à examiner au microscope. Le tout est d'innover et de se séparer de ce fameux « Théorème du Lampadaire » si intelligemment souligné par Jean Paul Fitoussi. «La politique de Potemkine» existe, elle est présente. Il suffit de connaître quelques légendes ou grands classiques pour comprendre le – triste - monde qui nous entoure.

 

«Ni optimisme, ni pessimisme, seulement de la détermination» 

Rédigé par Eco-euro

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René 14/08/2013 21:51

Votre allusion à cette légende est très intelligente.
Bonne continuation

René

Eco-euro 14/08/2013 22:12

Bonsoir,

Je vous en remercie, enfin c'est surtout grâce à la lecture que Krugman que j'ai pris connaissance de cette légende russe !

Bien à vous

Eco-euro 13/08/2013 21:13

Merci beaucoup !

Adrian R. 13/08/2013 16:37

Article très bien écrit. J'ai beau croire timidement aux signes de reprise en Espagne, je partage ton point de vue sur la conjoncture française.