Le labyrinthe européen.

Publié le 15 Juillet 2012

 

rajoy-jpg-627881-jpg_429530.JPG

Mariano Rajoy, chef du gouvernement espagnol 

 

Un titre pessimiste certes, mais il traduit bien où l'Europe en est après le sommet de la dernière chance, celui qui était très attendu et qui devait remettre la zone euro sur pied. Quand on lit l'actualité économique de ces derniers jours, on a clairement envie de dire " A quand le prochain sommet ? " qui mènera une nouvelle fois, à plus de problèmes que de solutions.

 

Notre euro-zone n'a toujours pas avancé suite au sommet de Bruxelles – 28/29 juin – nous pouvons l'affirmer. Pour citer le Premier ministre finlandais, l'euro est entré dans une situation " très périlleuse où les membres ne se font plus confiance ". La confiance, un terme à remettre sur la liste des notions ésotériques que j'avais évoqué sur mon billet qui a été très lu et partagé [ici]. Un vrai conflit d'intérêt persiste malgré les mesures prises et je vous invite à ne plus attribuer le terme "intérêt personnel" uniquement à l'Allemagne – qui attend que la Cour constitutionnelle ratifie le MES "théorique" – car les Pays Bas et la Finlande ont également haussé le ton. Ne mettons pas ces trois pays dans le même panier car les pays du Nord – géographiquement- s'opposent fermement au futur rôle du Mécanisme Européen de Stabilité – rachat d'obligations d'états -. Notez que les Pays-Bas et la Finlande sont connus pour leur sérieux budgétaire et conservent donc leur AAA, ce qui est bien en soi, mais nous ne cesserons de revenir au point clé du problème : En cette période morose, les " élèves brillants" ne seraient-ils pas dans la nécessité voire dans l'urgence de réagir en approuvant des mesures, bien qu'elles soient encore floues, qui pourraient aider "les élèves faibles" à s'en sortir et ainsi prôner un vrai fédéralisme ? Ces pays pays semblent vouloir le beurre et l'argent du beurre : Comment vouloir empêcher l'Europe d'avoir des perspectives d'avenir et vouloir prospérer en restant dans l'euro zone ? Je cherche la solution, en vain. Bref, sachant que l'unanimité est requise pour ratifier cette mesure, le problème est donc loin d'être réglé, c'est un peu comme Angela Merkel et les euro-bonds.

 

En parlant d'Allemagne, le ministre des finances W. Schauble fait pression sur la Cour constitutionnelle – qui étudie les raisons pour lesquelles certains partis restent dubitatifs - pour ratifier le MES. Coté italien, on souhaite agir vite pour apaiser les tensions sur les marchés obligataires espagnols et italiens.

 

Agir vite, c'est également ce que souhaite faire M. Rajoy pour rétablir ses comptes. En effet, le chef du gouvernement a annoncé de nouvelles mesures d'austérités – dangereuses – pour l'avenir de l'Espagne compte tenu de sa forte récession dans laquelle le pays plonge à répétition, de son taux de chômage de 24,4 % et de ses recettes fiscales qui déclinent. Rajoy souhaite ramener son déficit à 6,3 % du PIB en 2012, 4,5 % en 2013 puis 2,8 % en 2014. Pour y parvenir, les vieilles recettes sont toujours les meilleures é v i d e m m e n t – c'est-à-dire :

 

  • Augmenter la TVA de trois points (21 %) et la TVA réduite de deux points (10 %)

  • Créer une taxe sur l'énergie 

  • Augmenter les prélèvements obligatoires

  • Diminuer les dépenses publiques

 

Stop, nous ne sommes pas dupes, la consommation sera fortement touchée sachant qu'elle est déjà assez plombée, des dépenses publiques trop faibles influeront évidemment sur la qualité de la santé, l'enseignement, la sécurité et j'en passe. Cette illusion des recettes est toujours autant ancré dans les esprits de nos dirigeants. Trop d'impôts tue l'impôt et quand les recettes ne sont plus au rendez-vous, l'effet inverse se déclenche : une nouvelle récession et une nouvelle dégradation de l'économie – je vous épargne la planète des marchés financiers -.

 

Voyons le bon côté des choses, le déficit devrait diminuer (!) d'ici 2014, de quoi réjouir et provoquer l'apaisement sur le marché des obligations espagnoles avec un taux à 10 ans qui est passé de 6,916 % à 6,589 % après l'annonce de M. Rajoy. C'est clair, le déficit VA baisser, les mesures drastiques PLAISENT, SEDUISENT, ils aiment les chiffres annoncés, les rendements, du VERT et non l'éthique, les retombées sur la population et l'avenir du pays. Pourquoi ne pas créer une agence de notation basé sur l'utilitarisme des mesures ? C'est sûr que la frontière Europe du Nord et Sud serait estompée et les pays qui détiendraient un triple A se verraient directement dans la catégorie spéculative et les pays du Sud également. La petite problématique serait dans ce cas : qui détiendrait le triple A utilitaire ?

 

2011-08-08T081052Z_1335451917_GM1E78818VF01_RTRMADP_3_USA-R.JPGRevenons à nos loups – marchés – que nous pouvons toutefois applaudir froidement et à très court terme. En effet, ce vendredi l'agence de notation Moody's a pénalisé le gouvernement de Mario Monti en dégradant sa note souveraine de deux crans à Baa2 (qualité moyenne inférieure) avec perspective négative. Théoriquement ce genre de dégradation fait chauffer le thermomètre sur le marché obligataire. Pratiquement l'Italie devait emprunter sur le marché le jour de l'annonce de Moody's, et finalement plus de peur que de mal, le pays a emprunté à des taux en baisse – demeurant toutefois élevés -. Soyons honnêtes, l'annonce de Moody's n'a pas influencé, mais la baisse du taux de dépôt de la BCE a quand même été fructueux – d'un epsilon j'y reviendrai -. La décision de Moody's a suscité des critiques à Bruxelles estimant que l'Italie faisait des efforts considérables pour redémarrer son économie. En espérant que le projet de création d'une agence européenne de notation apportera ses fruits le plus vite possible.

 

Pour résumer, ce que l'on remarque c'est que le nationalisme est très imposant – disons un nationalisme du Nord – et que la notion d'intégration et de fédéralisme paraissent toujours aussi ésotériques. Ces notions ne font pas l'objet d'une avancée, d'un pas en avant mais provoque au contraire beaucoup de réticence en ce contexte aussi sombre. Une croissance faible, un moral au ras des pâquerettes, un chômage élevé, une zone-euro fragile, des incertitudes gigantesques, des oppositions, des sous-entendus bref, Mario Draghi avait raison, la zone euro est dans l'obscurité.

 

310125_le-president-de-la-banque-centrale-europeenne-bce-ma.jpg

Mario Draghi, président de la Banque Centrale Européenne (BCE)

 

Justement, évoquons Mario Draghi qui ne cesse de faire en sorte que l'euro-zone se redresse. La BCE a – vous le  savez – diminué de 0,25 points son principal taux directeur le ramenant à 0,75 % - une nouvelle diminution n'est pas exclue par Draghi -. Ceci permettrait à la ZE de dynamiser son économie à court, moyen et long terme. Le président de la BCE a également réduit son taux de dépôt à 0 %, supprimant ainsi toute incitation à la thésaurisation. Cette mesure avait pour but d'emprunter davantage et mettre fin au phénomène du crédit-crunch mais ceci ne s'est pas vraiment passé comme prévu. On constate que les banques n'ont pas emprunté mais ... les liquidités à la BCE ont connu un mini Bank Run, c'est-à-dire qu'il y a eu seulement un effet de transfert -vers d'autres comptes, malins-. Que faire ? Je plains Mario Draghi qui doit faire face à un monde financier intelligemment dupe – oxymore volontaire -

 

Pour répondre à la question " Que faire " j'ai été étonnée de lire que la BCE étudiait un projet auquel je songeais personnellement qui serait celui d'aller en dessous de 0 %. Ce qui reviendrait à dire que les dépôts à la BCE auraient un coût. On peut craindre évidemment l'accentuation des effets de transferts car les cancres sont intelligents – mais les méthodes qu'utilisent ces intelligents ne le sont pas -. Faire payer les banques pour thésauriser pourrait – peut être – les inciter davantage à emprunter et relancer la machine économique.

 

Faisons un tour en Grèce. Le pays semble se faire oublier mais continue sa descente aux enfers avec un nouveau record du chômage qui atteint en avril 22,5 % contre 22 % en mars. Le pays hellène est toujours sous tutelle de la Troïka et doit donc se soumettre aux mesures – fructueuses (!) - d'austérités alors que la récession est bien installée. Très gros risque que prend le gouvernement de coalition car toutes renégociations ont été écartées par la Troïka – donc les promesses de campagnes pourraient ressembler à celles de Rajoy concernant la TVA – . Inutile de préciser que pendant ce temps les salaires dégringolent, les fonctionnaires s'envolent, sans évoquer les privatisations etc. Tout cela pour un seul et unique but : une tranche d'aide de 31,5 milliards d'euros en août qui relancera SUREMENT l'économie grecque ;-)

 

Pour conclure, nous sommes encore et toujours loin de la sortie, je ne vois pas beaucoup de raisons d'être optimiste. Notre première zone économique mondiale est au centre d'un labyrinthe qui est à ce jour sans issue ce qui provoque des inquiétudes à gauche – États-Unis – comme à droite – Chine – qui voient leur croissance et leur consommation ralentir. Des solutions ont été évoquées à Bruxelles, je ne répéterais jamais assez qu'elles sont bonnes mais très/trop longues à mettre en oeuvre. Des mesures d'urgence - justes et efficaces – doivent être mises en application pour garantir une stabilité et un réel désir de faire changer les choses, du moins, à court terme.  

Rédigé par OUALID Zohra

Commenter cet article

Soumia 17/07/2012 00:41

votre article m'inspire beaucoup c'est un bon boulot approfondis comme tous vos autres article
merci

eco-euro 17/07/2012 17:57



Merci beaucoup ! :-)



GameOver 16/07/2012 18:07

Bonjour,
Hum... ca fait un peu recopie du journal et ca ressemble aux reunions de la derniere chance de l'Europe... Rien de neuf...
Les taux negatifs, une bonne nouvelle ? J'en doute !
Des oblis bien cotees... Il me semble qu'il y ait une autre raison, non?
Le niveau de l'euro/dollar ?
L'Italie... pas de deficit primaire ?
Les rachats par la BCE ?

Allez faut enqueter !
Bon courage

GameOver

eco-euro 16/07/2012 18:22



Bonjour,


Merci pour votre commentaire. Peut être pourriez-vous m'éclairer et apporter des précisions sur mon article, c'est le but de ce blog et ceci serait très instructif :-)


Bonne soirée.