Fausse alerte James !

Publié le 2 Juin 2013

Plus de quatre-vingt-dix ans déjà et son nom semble garder une éternelle jeunesse. Plus précisément, il ne s'agit pas de James Tobin mais bien de la célèbre taxe éponyme qui, quarante-et-un ans après, fait toujours parler d'elle au point de lui avoir fait perdre une grande part de crédibilité et d'éloigner de jour en jour tout projet d'application ... 

 

Qu'est-ce que la taxe Tobin ?

 

La création de la taxe Tobin avait initialement pour but de limiter les mouvements spéculatifs de courts-terme que James T. supposaient contre-productives. L'idée même d'une fiscalité sur ces types de transactions ne peuvent étonner. En effet, James Tobin, keynésien, admettait donc que pour parvenir à la stabilité, l'intervention étatique était nécessaire. Toujours initialement, la taxe éponyme fut suggérée à la fin du système de Bretton-Woods (71) donc sous le régime des changes flottants (73) afin de stabiliser la volatilité. Bien qu'il y ait eu des tentatives vaines pour créer des systèmes de stabilisations – tels que le serpent monétaire international – la stagnation ne se fit pas sentir. Les recettes de cette taxe devaient selon J. Tobin, être versées au Fond Monétaire International ou à la Banque Mondiale dans le but d'assister les populations du Tiers-Monde. Le principe était simple : les recettes seraient forcément élevées si la taxation portait sur les transactions courtermistes. Quel était le but recherché par J.Tobin ? Des recettes suffisantes pour nourrir le FMI et la BM ou la désincitation à la spéculation déstabilisatrice ? Mister Laffer we need you !

 

Version modernisée

 

Nous parlons aujourd'hui de taxe sur les transactions financières – ou taxe sur les opérations financières - à l'échelle européenne évoquée par Nicolas Sarkozy – rappelez-vous, au risque du seul contre tous, on parlait de Zorro – et reprise par François Hollande lors du dernier G20 – mais invisible dans le communiqué final. L'idée était de créer une taxe Tobin modernisée plus large qui toucherait les actions et obligations d'une part et plus fortement les produits dérivés d'autre part. La version dite «modernisée» ne profiterait pas au F.M.I mais à des projets d'investissements ou de développement. Pourquoi ce blocage d'application ? Une raison simple qui pourrait sembler logique : entre la version « originale » si j'ose dire et la version « modernisée » il y a eu deux décennies ; celles des années 80 et 90, la rébellion ou, si vous préférez, la libéralisation financière. Les banques au pouvoir ! Libéraliser excessivement puis réguler ? L'espoir fait vivre. Bon il est vrai qu'aujourd'hui l'espoir s'estompe petit à petit avec la BCE et la BdF qui contestent les biens-faits de cette mesure. En effet, d'après Christian Noyer, président de la Banque de France cette taxe ne toucherait pas les banques et « sera répercutée sur les entreprises et les particuliers » et il n'a pas entièrement tort.

 

 

Une taxe sur les entreprises et les particuliers, pourquoi ?

 

Les actions, obligations et certains produits financiers seraient soumis à cette taxe, certes, mais il n'est pas anodin de rappeler que l’État ou les entreprises recourent aux marchés pour se financer. Les retombées de la taxe sur les transactions financières pourraient par conséquent avoir un impact direct sur le coût de financement étatique ou des entreprises. Comme vous le savez, la France détient des taux historiquements bas sur le marché obligataire tout comme l'Allemagne, alors pourquoi mettre fin à cette magnifique similitude  ? Petit zoom sur l'état d'endettement des entreprises par les titres, données tirées de la Banque de France. 

 

Taux de croissance de l'endettement des sociétés non financières. France, en %

 

----La croissance des émissions nettes de titres de créance décélère légèrement (+ 9,4 %, après + 10,0 %). Bref taxer entre 0.001 et 0.1 % tout en craignant une hausse des coûts d'emprunts déjà assez sensible à la conjoncture risque d'être difficile. Par ailleurs, l'Italie, l'Espagne, la France, l'Allemagne et les six autres pays qui ont donné leur accord font face aux « banques » qui réfutent l'utilité de la mesure et l'impossibilité d'atteindre 35 milliards d'euros de recette par an. Eh bien non, James, ce fut une fausse alerte !  Il va falloir encore patienter jusqu'à l'apparition d'un nouveau type de libéralisation, celle des esprits sans « aller vite et fort » sur un fond d'éthique, d'utilitarisme et de cohérence …       

 

Retrouvez mon billet sur Dogfinance.com 

 

Source images : Google.fr  - Source graphique : BdF 

Rédigé par Eco-euro

Commenter cet article

Raphaël DIDIER 04/06/2013 20:04

Bonjour Zohra,

L'idée de la taxe Tobin est de taxer les transactions financières dans le but de lutter contre la spéculation. Ainsi, ce qu'il conviendrait de taxer ce sont en priorité les produits dérivés dont le volume a considérablement augmenté en 30 ans, pas toujours pour couvrir des risques tant s'en faut ! Le principal problème reste donc bien celui de la coordination internationale, et plus précisément la volonté politique... Pour ma part, je suis clairement pour une telle taxation qui est à mon sens indispensable au vu de l'intense spéculation qui déstabilise les marchés (rappelons que les flux financiers sont près de 60 fois supérieurs aux flux de l'économie réelle !).

Bonne continuation,

Raphaël DIDIER

Eco-euro 05/06/2013 01:36

On ne peut qu'approuver votre avis. La volonté est malheureusement loin d'être unanime !

Bonne continuation à vous aussi
Bien à vous :-)