Tient-on le bon bout ?

Publié le 11 Juin 2012

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 Il serait temps pour moi de faire le point sur ces dernières nouvelles économiques et y apporter une couche de subjectivité comme j'aime si bien le faire.

 

Ce que l'on peut bien évidemment constater c'est que l'Espagne soit le centre de toutes les préoccupations, elle a réussi à détrôner la Grèce, chapeau ! Le pays a trouvé des (faux) alliés pour lui venir en aide tout en faisant des jaloux, les grecques pensent pouvoir renégocier leurs accords en s'alignant sur le modèle espagnol mais il faut souligner une chose : à chacun son cas. Comme je vous l'ai dit de façon brève dans mon billet précédent, l'Espagne aurait à sa disposition via le Fond Européen de Stabilité Financière (FESF) une somme maximale de 100 milliards d'euros pour venir en aide à son système bancaire qui se trouve actuellement sur le fil du rasoir. Ce que constatent les marchés c'est que les choses se concrétisent et c'est le moins que l'on puisse dire mais ce qu'ils doivent ABSOLUMENT retenir pour éviter les fins de séances au rouge c'est que ces mesures prises ne seront visibles qu'à moyen long terme, eh bien oui on ne peut réagir à votre vitesse, à chacun son rythme adaptez vous donc !


Bref, ceci n'empêche pas le pays ibérique d’accéder aux marchés, une mise sous tutelle est écartée mais une surveillance accrue sera bien présente. Si l'Espagne parvenait à percevoir cette aide ( qui a été acceptée par le gouvernement), elle serait malheureusement financée par la Troïka : la BCE, la Commission Européenne et le FMI, l'institution qui voyait l'Espagne lui tourner le dos. Pourquoi tant de rancœur envers le Fond Monétaire International ? A vrai dire je vous dirais qu'avec tout ce que j'ai bien pu lire et entendre sur cette institution, j'ai envie de dire que c'est une entité loin d'être cool ! En effet tout le monde se souvient avec amertume les programmes d'ajustements structurels (PAS) et les mesures d'austérités imposées envers les pays en voie de développement qui ont favorisé l’assujettissement de ces pays en contrepartie d'une aide financière (regardez où en est la Grèce). Ça me permet au passage d'en profiter pour faire le lien avec notre cher ex économiste en chef de la Banque Mondiale qui a reçu le prix Nobel de l'économie et qui a longuement critiqué les politiques menées par le FMI et la Banque Mondiale. Joseph Stiglitz a affirmé lors de son interview ce vendredi pour Reuters que « le plan de sauvetage des banques ne marchera pas », il a par ailleurs qualifié cette économie actuelle de « vaudoue » (on ne va pas s'attarder à savoir qui sont ces fameuses forces invisibles ;-) )

 

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Ce plan de sauvetage critiqué par J. Stiglitz concernerait donc cet emprunt au système bancaire espagnol qui déclencherait vite fait bien fait le cercle vicieux avec la forte dépendance États-banques qui est très problématique. Cette mesure en faveur du pays s'accompagne d'un projet qui est encore embryonnaire mais qui est fortement appuyé par la Banque Centrale Européenne : La création d'une « Bad Banks ». J'allais dire une nouvelle fois qu'il y a eu une création lexicographique mais ça va, j'ai trouvé cette expression dans le dictionnaire financier qui ne date pas d'hier... . Cette Bad Banks est, je cite, une entité juridique créée pour permettre aux institutions financières de lui transmettre des actifs toxiques et de les revendre à des meilleures conditions. Oui, cette institution existe déjà en Irlande qui a récemment grâce à cette dernière investi 2 milliards d'euros dans l'immobilier (bonne nouvelle, non ?) mais espérons que ceci pourra permettre aux banques espagnoles de se débarrasser une fois pour toute de leurs actifs qui sentent les années 2008.

 

Bon, les erreurs commises par les gouvernements européens ne datent pas d'hier et on ne répétera jamais assez que nous subissons les conséquences négatives liées aux défauts de la construction de la zone euro (ZE) où chaque État était libre de réguler son système bancaire indépendamment comme des grands sans se préoccuper vraiment de ce qui se passait de l'autre coté de la frontière. Ce que l'on a à faire aujourd'hui est tout naturellement d'ouvrir les yeux, d'admettre et d'envisager des perspectives pour sortir de ce sombre tunnel car on ne peut vivre en dénonçant sans arrêt les erreurs du passé et rester condamner à réagir quand les bourses européennes, américaines et asiatiques sont au rouges ou encore quand une note quelconque a été dégradée. Le rapport de force doit vraiment s'inverser et la détermination collective doit prendre le dessus. Garantir les dépôts sous forme d'une union bancaire semble être une approche de bon sens pour rétablir la confiance car les banques sont toujours les victimes les plus exposées à la crise. Mais encore faut-il que tout le monde convergent vers cet objectif et ceci est loin d'être gagné (un merci aux britanniques au passage !).

 

484233 1Restons optimiste même si d'autres comme moi demeurent préoccupés par la suite des évenements. L’effet d'engrenage est toujours en marche (en course devrais-je dire) en passant d'un cas comme l'Irlande à la Grèce puis l'Espagne et dois-je vous rappeler que quelques projecteurs sont tournés vers le gouvernement de Monti ou encore le Chypre qui pourrait solliciter une aide ? Ce qui est sûr et certain c'est qu'il y a (enfin) des concertations, des accords, du concret, du mouvement quoi ! Il en a fallu du temps tout de même pour mettre « le saut fédéral » au cœur des débats, des nombreux auteurs que j'ai lu et écouté prônaient la solidarité et le fédéralisme depuis des années et voici enfin un début. Je ne dis pas que c'est fait et que ce sera forcément fructueux, je reste dubitative mais je ne vous cache pas qu'il y a quand même en moi une part d’espérance positive car le prix à payer pour un saut fédéral reste plus soutenable que le prix d'une implosion de la ZE.

 

On peut quand même s'avouer une chose ; On doit cette réactivité et on tire les enseignements de cette crise de la dette aux PIIGS (Portugal, Irlande, Italie, Grèce, Espagne) car si la Grèce par exemple n'avait pas procédé au mensonge statistique ou alors si l'Espagne n'avait pas dissimulé ses actifs toxiques il n y aurait pas eu de remise en questions donc … Merci aux fragiles !

 

Ce qu'il faut retenir de positif c'est que cette aide proposée par les dix sept ministres des finances devrait faire oublier le malheur espagnol à court terme (trop peu trop tard quand tu nous tient) en limitant quand même le phénomène du Bank Run (fuite des liquidités) et le Crédit Crunch (plus de crédits remboursés qu'accordés). Ceci reste une étape parmi tellement d'autres qui devraient suivre avant de sortir l'euro zone de cette mauvaise passe.

Rédigé par OUALID Zohra

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Monaim BENSEUR 12/06/2012 17:32


Je pense que vous avez bien fait (à la fin de votre article) en attirant l'attention à ce que je considère comme la cause principale de ce que nous vivons tous aujourd'hui comme crise économique
à savoir le manque et/ou l'absence d'étique en matière de communication financière. Et c'est dangereux pour des pays  comme la Grèce ou l'Espagne (et pour l'Europe ainsi que ses
partenaires) de persister dans cette voie.


Cordialement vôtre et bon courage dans vos artciles à venir.

eco-euro 25/06/2012 20:24



Bonsoir,


L'éthique est devenu un grand mot, c'est devenu ésotérique si j'ose dire tout comme le fédéralisme, la transparence ou encore la vérité.


Je vous en remercie 


Cordialement,


Zohra.